L’Observatoire des religions

Hervé Flanquart

Maître de conférences, sociologue (des croyances et du risque)

vendredi 15 juin 2007

Qu’attendez-vous du prochain Président de la République française en matière religieuses (budget des cultes, enseignement, presse, législation.. ?) Et en matière de sectes ?

Enseignement : l’idéal est le monopole de l’enseignement public, car il permet de conserver en son sein ceux qui sont capables de s’exprimer et de faire pression maintenir sa qualité (A. O. Hirschmann). Un enseignement privé autorise l’élite à quitter l’enseignement public et à ne plus faire son travail de maintien de la qualité au sein de celui-ci. Néanmoins, ,il existe une situation due à l’histoire où existe un enseignement privé, essentiellement catholique. IL est inenvisageable de le supprimer (cf. la tentative de F. Mitterrand). Donc, il faut lui imposer des règles, l’obliger à prendre sa part d’efforts à faire pour les plus défavorisés.

Le mariage, l’avortement, l’euthanasie, la procréation assistée : Les religions sont légitimes dans leur expression, dans la défense d’une certaine vision de l’homme, elles doivent pouvoir s’exprimer mais en dernier ressort c’est la représentation nationale qui tr anche, qui détermine ce qui est socialement accepté, et socialement prohibé. Sachant que c’est un consensus propre à un temps, une époque, que celui-ci peut (doit ?) évoluer. D’où la nécessité de laisser chacun s’exprimer sur al question, les religions y comprises.

Les sectes : La vision française est trop « binaire », alors que l’on ne devrait pas parler de « sectes » mais plutôt d’aspect, de traits sectaires plus ou moins nombreux et appuyés selon le groupe étudié (celui-ci n’étant pas toujours religieux). . Il faut peut-être éviter de coller des étiquettes « sectes » à tort ce qui diffère des trois grandes religions du livre. Tout en protégeant le citoyen des abus des groupes « sectaires ». Les « nouvelles religions », les religions émergentes sont presque systématiquement classées « sectes » : sont-elles toujours plus dangereuses, fermées, manipulatrices que les « anciennes religions », que certains courants philosophiques et politiques ? Ce n’est pas sûr.

Trouvez-vous que le traitement des religions en France a été équitable au cours du dernier quinquennat ?

On y a surtout manqué de courage. Quand l’Etat tente d’être neutre à tout prix vis-à-vis du religieux, il entérine une situation inégalitaire, favorable à la religion catholique, religion historique de la France. Pour être équitable il faut donner plus à ceux qui ont moins, l’islam en premier. Donner de l’argent à une église appartenant à une collectivité locale, c’est possible ; construire une mosquée, cela ne l’est pas. Que pensez-vous de la notion « Islam de France » mise en circulation par le Ministre français de l’Intérieur ? Voudriez-vous d’un christianisme de France, d’un judaïsme de France, etc… ? Si c’est une façon de permettre un dialogue entre les musulmans et l’Etat, pourquoi pas ? Si c’est la volonté de fonder des « religions nationales », c’est absurde.

Comment situez-vous la France par rapport à ses voisins européens sur ces questions ?
Un peu crispée, on sent tout le poids des conflits passés (opposition catholiques/laïcs ; colonisation de l’Afrique du Nord…).

Autres remarques ?
Il manque une culture « décontractée » du débat sur le religieux en France. Le « laïcisme » (laïcité exacerbée) voit ainsi du négatif dans tout ce qui est religieux. L’islam et le catholicisme se regardent en « chiens de faïence ». Idem pour l’islam et le judaïsme. Néanmoins, on peut considérer que les choses sont plutôt vivables pour la plupart des croyants en France.


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