L’Observatoire des religions

Jacques, l’apôtre oublié

mardi 12 juin 2007

Il suffit de lire les Actes des Apôtres ou les Epitres de Paul pour s’apercevoir que le chef de l’Eglise primitive n’est autre que Jacques le frère de Jésus. Pourquoi ? Jésus avait-il donc un frère. L’énigme intrigue d’autant plus que ce Jacques-là ne faisait pas partie des Douze du vivant de Jésus. . Pourquoi Jacques a ensuite été sinon "oublié", du moins fortement minoré (on l’appelle aussi Jacques le Mineur) dans la tradition de l’Eglise est l’une des énigmes les plus troublantes du début du Christianisme. A) La destruction du Temple B) Le problème de la circoncision C) Après la destruction du Temple

A) La destruction du Temple

Si l’on se place d’emblée du point de vue économique qui est le nôtre, l’épisode central de ce premier siècle pourrait bien être la destruction du Temple juif de Jérusalem par les Romains, qui, selon ce que nous disent les Evangiles, avait été prophétisée par le Christ lui-même [1] La première pierre de ce Temple avait été posée, rappelons-le, par le roi Salomon au milieu du 10ème siècle avant Jésus-Christ. Cette destruction est un épisode central pour deux raisons : la première, c’est qu’en plus de ses fonctions religieuses bien connues (l’édifice sacré était devenu le centre unique de la vie religieuse depuis les réformes d’Ezéchias et de Josias, le Temple juif avait un rôle financier considérable. La seconde, c’est que jusqu’à sa destruction, il a servi de modèle aux chrétiens, qui ont donc dû inventer un autre modèle après 70. Nous allons essayer de démontrer ces deux points. Le premier point est assez évident, encore que méconnu.. Tout juif, quel que fut son lieu de domicile, devait, à partir de l’âge de 20 ans, payer une contribution annuelle d’un demi-sicle (demi-shékel) pour le Temple de Jérusalem. Cette obligation avait été instituée du temps même de Moïse . Cette obligation qui a toutes les apparences d’un impôt de capitation, se retrouve telle quelle dans le Nouveau Testament, comme nous le verrons, ce qui confirme qu’elle est encore en vigueur au 1er siècle de notre ère. A cet impôt s’ajoutaient d’autres contributions obligatoires ainsi que des dons en métaux précieux ou en monnaie, dont il est impossible de rendre compte ici. Ces dons émanaient de juifs et de païens. On en trouve trace chez l’historien Josèphe ou chez Philon, notamment les dons faits par Auguste et sa femme Julie, ainsi que ceux d’Agrippa [2]. L’assiette de cet impôt de capitation n’était autre que la population juive. Peut-on l’évaluer ? La population totale des juifs dans l’empire du 1er siècle est estimé par Juster entre 6 et 7 millions pour un total de 80 millions, soit au moins 7%. Un autre historien, Lietzmann, retient le même pourcentage, mais appliqué à une population de 55 millions, soit 4 millions. Un autre encore, le R.P. Bonsirven propose 8%. Si on applique ces coefficients à Rome, qui était peuplée à l’époque d’au moins 1 million d’habitants, on arrive à une communauté de 70000 à 80000 âmes pour le Ville éternelle. C’est un minimum, car la population juive était proportionnellement plus importante dans les villes que dans les campagnes. Sur ces quatre à six millions de juifs, à peine 500 000 vivaient en Palestine. Sans doute l’importance relative de la population juive était-elle due à son croît démographique plus qu’aux conversions. On a montré ailleurs que tout est disposé dans la religion juive pour que la fécondité des couples soit portée à son maximum (mariage précoce, rapports sexuels quasiment concentrés sur les périodes les plus propices du cycle féminin, mépris du célibat) [3] Le Temple de Jérusalem, certes, n’était pas dans l’Antiquité le seul édifice religieux à jouer un tel rôle financier. La plupart des temples à cette époque, on le sait, servaient de banques et émettaient de la monnaie. Mais le Temple juif, à cause de la masse de la population qui en principe devait payer chaque année un demi-sicle, représentait un enjeu considérable. Comme l’observe l’historien Baron, « Il suffit de considérer l’afflux annuel de millions de demi-sicles et les immenses dons volontaires qui arrivaient du monde entier, pour apercevoir l’importance qu’un groupe de patriotes, détenant le pouvoir politique et, par l’intermédiaire de la religion, le pouvoir sur ces fonds, pouvait attacher à l’existence du sanctuaire. » [4]. De mémoire juive, le commandement biblique du demi-sicle était observé depuis la nuit des temps. Mais pour pouvoir transporter cet argent des quatre coins de la diaspora, encore fallait-il disposer en ces temps-là d’un véritable privilège. Ce permis leur fut généralement accordé par les différents régimes, et à l’époque du Christ, par l’empire romain. Les Romains respectaient ce privilège depuis une époque assez ancienne, peut-être depuis la fin du 2ème siècle Que cet argent était protégé, nous le savons par la célèbre « affaire Flaccus », du nom de ce propréteur d’Asie qui avait dû recourir en 59 au service d’un avocat de premier ordre en la personne de Cicéron. L. Valerius Flaccus lui-même était le rejeton d’une très illustre famille qui avait donné à la République l’un de ses tout premiers consuls. Il avait confisqué les sommes destinées par les juifs au Temple de Jérusalem. En faisant cela, il s’était rendu coupable d’un crime, comme le fait apparaître la plaidoirie de Cicéron [5]. La protection de la loi romaine est telle que l’on va jusqu’à se préoccuper du mode d’envoi des fonds juifs : à une date fixe, une fois par an, des gens d’extraction noble se chargent du transport de l’argent, en caravanes lourdement chargées, escortées de gens armés prêts à repousser d’éventuels assaillants, et se dirigent à travers les pays païens vers Jérusalem [6] Les richesses du Temple attiraient bien des convoitises. Flavius Josèphe nous en donne un exemple chez Antiochus Epiphane, que nous retrouverons plus loin . En 63, Pompée y trouva 2000 talents, mais n’y toucha pas . Dion Cassus dit le contraire . Crassus en 54 y prit 2000 talents et, en outre, des objets précieux d’une valeur de 8000 talents - soit un total de 10000 talents correspondant à 60 millions de deniers, ou encore 60 millions de journées de travail d’un ouvrier agricole. Ce qui révolta les juifs dans l’attitude de Pilate, c’est que le préfet romain employait l’argent du Temple à payer la construction des aqueducs, disposant ainsi d’un argent auquel il ne devait pas toucher. En 4 de notre ère, Sabinus y vole 400 talents Les Romains n’ignoraient évidemment pas l’importance du privilège qu’ils accordaient aux juifs. En témoigne l’exclamation de Titus lors du siège de Jérusalem, apostrophant les Juifs : « Vous nous faites la guerre avec notre argent que par grande faveur nous vous avons permis de recueillir pour le Temple ». Ce n’était pas exactement l’argent des Romains qui se trouvait dans le Temple, mais de l’argent qui venait en partie de contrées romaines. L’économiste ne peut que s’interroger ici. A la même époque, comme nous le verrons, Rome avait développé un système financier assez sophistiqué pour éviter des transferts de fonds à la fois coûteux et risqués. La Ville occupait ainsi un rôle qu’on appellerait aujourd’hui de place financière mondiale. Apparemment, Jérusalem ne disposait pas d’un tel système. Que des milliers d’hommes participent au transfert de fonds fait ressembler le long acheminement davantage à un pèlerinage qu’à une opération purement bancaire. De plus, il fallait bien que les transporteurs paient les frais de leur voyage aller et retour. Autrement dit, il n’est pas impossible que le revenu net pour le trésor du Temple fût fort inférieur à son « revenu brut », celui qu’il pouvait tirer en principe des quatre à cinq millions de juifs vivant à cette époque. A vrai dire, il y avait de ce seul point de vue une très grande différence entre Rome et Jérusalem. Rome jouait sur les écritures bancaires parce qu’elle avait à la fois, on le verra, des recettes lointaines et des dépenses lointaines. Disons tout de suite que ces recettes étaient constituées de tributs versés par les peuples vaincus, alors que les dépenses servaient à entretenir des armées, à payer des fonctionnaires sur place ou à acheter massivement des denrées pour nourrir l’énorme population de la capitale. Elle pouvait donc compenser sur place ses recettes par ses dépenses. Le Temple de Jérusalem, quant à lui, n’avait pas de telles dépenses à faire à l’étranger, et l’on pouvait s’attendre qu’une partie des recettes fut consommée par les transporteurs-pélerins, chemin faisant - c’est bien le cas de le dire. Ainsi l’excédent global des paiements était-il réduit en partie. Nous verrons que mille trois cent ans plus tard la Papauté, à son zénith financier, sera confrontée à un problème identique de déséquilibre global de paiement. Il n’en reste pas moins que les sommes accumulées dans le Temple étaient considérables, malgré les décaissements forcés opérés par les occupants. En faisant la part de l’exagération, on peut retenir ce que nous en dit Josèphe : après le pillage du Temple par les Romains, l’or perdit la moitié de sa valeur sur le marché. Une baisse importante s’explique assez bien par l’étroitesse et le compartimentage des marchés de l’or à cette époque, dus aux coûts et aux risques très élevés du transport de métaux précieux. La déthésaurisation provoquée par le pillage ne pouvait pas ne pas avoir d’effet important sur le cours de l’or dans la région. Quand Titus s’empare de Jérusalem en 70, il ne fera pas de quartiers. Pour Flavius Josèphe, qui reprend ici un vieux thème, la faveur divine s’est reportée sur les Romains : instrument du courroux de Dieu, ils sont les exécuteurs de sa volonté et les bénéficiaires de son revirement . A la place du Messie attendu, Vespasien, guidé par Dieu, recueille l’empire universel. Le nouveau maître déclare que le temps de la clémence est révolu. Pour la première fois, le pouvoir païen paraît animé par une volonté délibérée d’extirper le judaïsme, même en dehors de Jérusalem. La Judée devient province sénatoriale, ce qui permet d’y loger des légions. Un camp romain est installé à Jérusalem, le pontificat aboli à jamais. Les sacrifices publics sont définitivement supprimés, le Temple n’est plus qu’une ruine sur lesquels les juifs viennent pleurer.

Voyons maintenant comment les chrétiens eux-mêmes ont vu le Temple avant sa destruction en 70 et comment ils voyaient le financement de leur propre entreprise. Ayant été écrits dans le dernier tiers du 1er siècle, les Evangiles ne pouvaient pas ne pas faire mention de ces questions, sauf à sortir complètement de la réalité historique. Ainsi, nous lisons dans l’évangile selon Matthieu : Comme ils étaient arrivés à Capharnaüm, ceux qui perçoivent les didrachmes s’avancèrent vers Pierre et lui dirent : « Est-ce que votre maître ne paie pas les didrachmes ? » - « Si », dit-il. Quand Pierre fut arrivé à la maison, Jésus prenant les devants lui dit : « Quel est ton avis, Simon . Les rois de la terre, de qui perçoivent-ils taxes ou impôt ? De leur fils ou des étrangers ? » Et comme il répondait : « Des étrangers », Jésus lui dit : « Par conséquent, les fils sont libres. Toutefois, pour ne pas causer la chute de ces gens-là, va à la mer, jette l’hameçon, saisis le premier poisson qui mordra, et ouvre-lui la bouche : tu y trouveras un statère. Prends-le et donne-le leur, pour moi et pour toi. (Matthieu 17 24-27) On déduit de ce texte que le didrachme, pièce de deux drachmes, est l’équivalent grec du demi-sicle que tout juif mâle devait payer au Temple de Jérusalem. Or le statère vaut quatre drachmes. Jésus et Pierre vont donc payer la totalité de ce qu’ils doivent au fisc religieux. Les comptes sont rigoureusement exacts. De même dans ses Epîtres, écrits antérieurement aux Evangiles, rappelons-le, Paul fait plusieurs allusions à l’impôt religieux, mais cette fois il s’agit de celui que les chrétiens doivent payer. Si l’apôtre insiste à plusieurs reprises pour dire qu’il ne réclame rien pour lui alors même qu’il en aurait le droit, il n’en joue pas moins avec ses disciples un rôle de collecteur et de son propre aveu il véhicule des sommes considérables. [7] Voici ce que l’apôtre écrit dans sa première lettre aux Corinthiens. Pour la collecte en faveur des saints, vous suivrez, vous aussi, les règles que j’ai données aux Eglises de Galatie. Le premier jour de chaque semaine, chacun mettra de côté chez lui ce qu’il aura réussi à épargner, afin qu’on n’attende pas mon arrivée pour recueillir les dons. Quand je sera là, j’enverrai, munis de lettres, ceux que vous aurez choisis, porter vos dons à Jérusalem ; s’il convient que j’y aille moi-même, ils feront le voyage avec moi. Dans la seconde lettre aux mêmes Corinthiens, il revient sur la question en ces termes : Nous prenons bien soin d’éviter toute critique dans la gestion de ces fortes sommes dont nous avons la charge Le système de collectes mis en place par Paul est même suffisamment sophistiqué pour permettre des compensations entre communautés riches et pauvres : Quand l’intention est bonne, on est bien reçu avec ce que l’on a, peu importe ce que l’on n’a pas ! Il ne s’agit pas de vous mettre dans la gêne en soulageant les autres, mais d’établir l’égalité. En cette occasion ce que vous avez en trop compensera ce qu’ils ont en moins, pour qu’un jour ce qu’ils auront en trop compense ce que vous aurez en moins : cela fera l’égalité comme il est écrit : Qui avait beaucoup recueilli n’a rien eu de trop, qui avait peu recueilli n’a manqué de rien . On découvre ici non sans étonnement que quelques années après la mort de Jésus, les communautés chrétiennes sont déjà suffisamment organisées pour avoir mis en œuvre une gestion centralisée des collectes des dons à la manière juive, Jérusalem étant au centre du dispositif. On peut en déduire que les premières communautés se sont inspirées du modèle qu’ils ont devant les yeux, celui du Temple juif. Et l’on en trouve confirmation dans les Actes des Apôtres. Quand Paul est retenu prisonnier par le gouverneur romain Félix, il nous est dit au détour d’une phrase que le gouverneur n’en espérait pas moins que Paul lui donnerait de l’argent ; aussi le faisait-il venir, et même assez fréquemment, pour le rencontrer . D’où peut donc provenir cet argent que le gouverneur romain Félix cherche à soutirer à Paul ? Ce ne peut pas être l’argent que le prisonnier aurait gardé dans ses poches. Un si haut personnage ne peut être intéressé par quelques piécettes qui auraient échappé à la fouille du geôlier. Pourtant il insiste pour le voir, même s’il lui est désagréable que l’apôtre à cette occasion lui rappelle son union illégitime, non chaste, et donc incestueuse avec Drusille. Un tel rappel avait valu la mort par décapitation, rappelons-le, à un autre personnage célèbre, Jean-Baptiste . [8].

Il ne peut donc s’agir que d’une somme très importante qui serait à la discrétion de Paul, cachée quelque part . Félix espère bien que l’apôtre lui révélera le lieu de la cachette. En échange de sa libération ? d’une peine adoucie ? Mais quelle peut bien être l’origine de cet argent ? Paul lève lui-même un coin du voile lorsque dans sa « plaidoirie » il raconte son retour à Jérusalem, le troisième selon les Actes : Après de longues années, explique-t-il, j’étais venu apporter des aumônes à mon peuple ainsi que des offrandes Que Paul fut chargé de transporter à Jérusalem des sommes importantes récoltées auprès des communautés, nous le savons déjà par sa deuxième lettre aux Corinthiens (cf. supra), et nous avons vu quel soin méticuleux l’Apôtre des Gentils apportait à cette partie de sa mission. Il se confirme ici que le réseau financier diasporique est en train d’être imité voire doublé par les disciples du Christ . Et toute cette attention dont bénéficie Paul de la part des autorités romaines pourrait bien venir, en partie au moins, de cette fonction de transporteur de fonds. Il est en tout cas sûr que, dès les tout premiers temps de son existence, l’Eglise cherche à recevoir des dons importants. Cela se lit très clairement dans le texte des Actes des Apôtres. C’est même de la totalité de leurs biens que les premiers chrétiens sont invités à se séparer : Ils [les membres de la première communauté] étaient assidus à l’enseignement des apôtres et à la communion fraternelle, à la fraction du pain et aux prières. La crainte gagnait tout le monde : beaucoup de prodiges et de signes s’accomplissaient par les apôtres. Tous ceux qui étaient devenus croyants étaient unis et mettaient tout en commun. Ils vendaient leurs propriétés et leurs biens pour en partager le prix entre tous, selon les besoins de chacun. Unanimes, ils se rendaient chaque jour assidûment au temple ; ils rompaient le pain à domicile, prenant leur nourriture dans l’allégresse et la simplicité de cœur. Le communisme serait-il donc la loi de l’église primitive ? La multitude de ceux qui étaient devenus croyants n’avait qu’un cœur et qu’une âme et nul ne considérait comme sa propriété l’un quelconque de ses biens ; au contraire, ils mettaient tout en commun. Une grande puissance marquait le témoignage rendu par les apôtres à la résurrection du Seigneur Jésus et une grande grâce était à l’œuvre chez eux tous. Nul parmi eux n’était indigent : en effet ceux qui se trouvaient possesseurs de terrains ou de maisons les vendaient, apportaient le prix des biens qu’ils avaient cédés et le déposaient aux pieds des apôtres. Chacun en recevait un part selon ses besoins . Dans quelle mesure ces dons étaient-ils volontaires ? Cette question que l’on se pose à propos de tout groupe religieux, comment ne pas la poser à propos de l’Eglise primitive ? Surtout si l’on prend connaissance de l’épisode suivant : : Un homme du nom d’Ananias vendit une propriété, d’accord avec Saphira sa femme ; puis, de connivence avec elle il retint une partie du prix, apporta le reste et le déposa aux pieds des apôtres. Mais Pierre dit : « Ananias, pourquoi Satan a-t-il rempli ton cœur ? Tu as menti à l’Esprit Saint et tu as retenu une partie du prix du terrain. Ne pouvais-tu pas le garder sans le vendre, ou, si tu le vendais, disposer du prix à ton gré ? Comment ce projet a-t-il pu te venir au cœur ? Ce n’est pas aux hommes que tu as menti, c’est à Dieu. » Quand il entendit ces mots, Ananias tomba et expira. Une grande crainte saisit tous ceux qui l’apprenaient. Les jeunes gens vinrent alors ensevelir le corps et l’emportèrent pour l’enterrer. Trois heures environ s’écoulèrent ; sa femme entra, sans savoir ce qui était arrivé. Pierre l’interpella : « Dis-moi, c’est bien tel prix que vous avez vendu le terrain ? » Elle dit : « Oui, c’est bien ce prix-là ! » Alors Pierre reprit : « Comment avez-vous pu vous mettre d’accord pour provoquer l’Esprit du Seigneur ? Ecoute : les pas de ceux qui viennent d’enterrer ton mari sont à la porte ; ils vont t’emporter, toi aussi » Aussitôt elle tomba aux pieds de Pierre et expira. Quand les jeunes gens rentrèrent, ils la trouvèrent morte et l’emportèrent pour l’enterrer auprès de son mari. Une grande crainte saisit alors toute l’Eglise et tous ceux qui apprenaient cet événement. La pression psychique est si forte que celui qui n’obéit pas à la règle de transparence fiscale, si l’on peut dire, risque fort de mourir dès qu’il est découvert. Pression accrue encore par la faculté qu’ont les apôtres d’accomplir des miracles. L’explication que nous donnent les Actes des Apôtres dit bien la terreur qu’exercent les groupes religieux pour accaparer ne serait-ce qu’une partie de ce que nous avons appelé la « part bénite ». Non seulement il faut donner, mais il faut tout donner sans rien cacher sous peine d’une mort immédiate pour soi et ses complices. Car c’est mentir à Dieu lui-même que de cacher la moindre parcelle. Par rapport à cette menace de mort effective, comme en font l’expérience les malheureux Ananias et Saphira, les sectes de l’an 2000 ont des allures presque bonhommes. Une grande crainte saisit alors toute l’Eglise et tous ceux qui apprenaient cet événement. (Actes 5 1-11). On ne s’attendait pas à moins. L’organisation financière du temple de Jérusalem apparaît bien comme un modèle pour les premiers chrétiens, un modèle qu’ils ont cherché même à dépasser : la dîme ne leur suffit pas, il leur faut des donations beaucoup plus importantes. Comment la réalisation de ces objectifs était-elle possible étant donné le caractère clandestin, pour ne pas dire illégal des premières communautés ? La question sera examinée plus loin quand les biens accumulés par l’Eglise seront suffisamment importants pour que se posent à leur sujet de réels problèmes juridiques . Retenons pour le moment que dans la course à l’exploration et à l’exploitation de la « part bénite », les chrétiens, nouveaux venus sur la scène religieuse, font, pourrait-on dire, de la surenchère en prêchant une sorte de communisme.

[1] Comme Jésus s’en allait du temple, un de ses disciples lui dit : »Maître, regarde : quelles pierres, quelles constructions ! » Jésus lui dit : « Tu vois ces grandes constructions ! Il ne restera pierre sur pierre ; tout sera détruit » (Marc, 13, 1-2)

[2] Jos. Guerre des Juifs . 5, 13, 6. Philon, Leg. §23, 39, et §36

[3] in Juifs et Allemands, Pré-Histoire d’un génocide, PUF, 1999

[4] Baron, S. W. Baron. TII, PUFp. 649

[5] Cicéron, Pro Flacco

[6] Se reporter à Cic, Pro Flacco, 28, §67

[7] L’Apôtre se fait fort de ne pas percevoir pour lui-même de dons des fidèles. Il rappelle aux Corinthiens qu’il leur annoncé l’Evangile gratuitement (2 Co 11,6).Et il leur explique comment il a pu le faire : J’ai dépouillé d’autres Eglises, acceptant d’elles de quoi vivre pour vous servir. Et lorsque j’ai été dans le besoin pendant mon séjour chez vous, je n’ai exploité personne, car les frères venus de Macédoine ont pourvu à mes besoins ; et en tout je me suis bien gardé de vous être à charge et je m’en garderai bien. (2 Co 11, 8-9). Pourquoi les Corinthiens ont-ils droit à ce régime spécial, alors même qu’ils montrent tant d’ardeur à donner ? On ne nous le dira pas.

[8] Décidément l’inceste pèse sur les membres de la famille hérodienne : Hérodiade quitte son mari et oncle Hérode Philippe pour épouser Hérode Antipas. Drusille, sœur d’Agrippa II vit avec Félix qui l’a enlevée à son mari, et enfin l’autre sœur, Bérénice se promène en couple avec son frère - comme si les puissants de ce monde ne pouvaient qu’être incestueux. En effet, il s’agit de conserver le patrimoine dans la famille, et c’est justement en condamnant ces incestes que l’autorité religieuse peut espérer, pour son profit à elle, contrarier cette endogamie économique. C’est une longue histoire qui commence ici et qui conduira jusqu’au drame d’ Henri VIII d’Angleterre, entre autres ..


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