L’Observatoire des religions

Quand saint Bernard prêchait l’extermination des musulmans

mardi 12 juin 2007

La position de saint Bernard sur les musulmans au temps des Croisades est mieux connue grâce à l’œuvre monumentale de Joshua Prawer, professeur à l’université hébraïque de Jérusalem (1917-1990). Le CNRS vient d’avoir la bonne idée de publier ce chef d’oeuvre en un seul volume sous le titre : Histoire du Royaume latin de Jérusalem (1260 pages, 30€).
Comme on le sait, la Première Croisade a été l’occasion pour les chrétiens qui partaient pour la Terre promise de se livrer à de véritables pogroms contre les communautés juives européennes. Avant d’aller combattre les « Infidèles » qui occupaient les Lieux saints, on s’exerçait, si l’on ose dire, sur ceux que l’on avait à porté de la main, ces juifs à peine tolérés – une manière pour celui qui se « croisait » de se purifier de ses péchés dans le sang du « peuple déicide ». La Deuxième Croisade débute elle aussi par de tels massacres lorsque le grand prédicateur de l’époque se lève pour les empêcher. Il s’agit de saint Bernard en personne (1090-1153), le fondateur de l’abbaye de Clairvaux, berceau de l’ordre des Cisterciens. C’est à lui que l’on doit, d’après le Sepher Zekhira, « Livre de souvenir » juif, le sauvetage des communautés israélites vivant en Allemagne. « Et Dieu envoya [...] un digne prêtre, grand et maître de tous les prêtres [...] du nom de Bernard, abbé de Clairvaux. Il leur parla en ces termes : il est bon que vous marchiez vers les Ismaélites [ainsi nommait-on les musulmans à cette époque], mais celui qui touche à un juif, c’est comme s’il touchait à Jésus lui-même ». « Cette attitude de Bernard de Clairvaux sur la question juive, écrit Prawer, se fonde sur les Pères de l’Eglise des 5e et 6e siècles : il est interdit de tuer les juifs, tout en les abaissant, parce qu’ils témoignent de la vérité de la foi chrétienne, incarnant comme ils le font le sort de ceux auxquels la foi fut donnée d’abord et qui, dans leur aveuglement, l’ont repoussée, et se refusent à voir la lumière qui brille autour d’eux. Bernard justifiait sa défense des juifs par la nécessité de les convertir [...] les juifs ont l’espoir d’être sauvés, parce qu’un jour viendra où leurs yeux se dessilleront et où ils se convertiront. Il n’en vas pas de même de l’islam : les musulmans ne se convertiront jamais. Pour eux, il n’est qu’un seul langage, celui du glaive exterminateur. » L’historien israélien ajoute en note : « Il convient de mentionner que, selon Maïmonide, il est permis d’enseigner la Thora aux chrétiens, car peut-être reviendront-ils [au judaïsme], mais non aux musulmans » (Responsa de Maïmonide, éd. A. H. Freyman, Jérusalem 1932, n° 364, année 1177). Toutefois, à ce moment de vérité qu’avait constitué l’assaut de Jérusalem par les Croisés (juillet 1099), musulmans et juifs combattirent « au coude à coude » pour défendre leur ville et tenter de repousser les chrétiens. Ils furent les uns et les autres passés au fil de l’épée. Il n’était pas question alors de distinguer entre juifs et musulmans !

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