L’Observatoire des religions

DU CULTE DE LA DEESSE MERE AU CULTE DE MARIE

lundi 11 juin 2007 par Marie Soliès

A. L’IMAGE

Deux types d’images semblent engendrer celles de la Vierge à l’Enfant : les représentations plastique de la déesse Isis tenant l’enfant Horus sur ses genoux [1] et certaines sculptures de déesses mères étrusques. Or nous pouvons penser que ces deux types d’images existent à Florence dans l’Antiquité.

B. LES QUALITES ET ROLES

Parmi les qualités et rôles attribués à la Déesse Mère, nous retrouvons, chez Marie, la vierge, la mère, la rédemptrice (parce qu’elle permet la rédemption en acceptant de donner naissance à celui qui sauve l’humanité), la protectrice, la consolatrice. Comme Isis, elle est appelée reine du ciel et étoile de la mer. Contrairement à certaines déesses évoquées [2] Marie ne possède pas leur caractère effrayant. Par contre elle acquiert celui de médiatrice. Elle est Lumière par son Fils et non par elle-même.

C. LES LIEUX DE CULTE

Le culte à la Grande déesse est lié à des lieux naturels évocateurs de mystères féminins : les grottes et les sources, les monts qui renvoient l’homme à l’idée de l’épreuve initiée par la femme, du passage nécessaire par l’élément féminin, de la régénération grâce au principe féminin. La Vierge est vénérée dans ces mêmes lieux symboliques. Son culte s’enracinent parfois dans les lieux géographiques même dédiés autrefois à des déesses païennes : à Ephèse, où nous savons qu’Artémis était vénérée sous l’aspect de la fécondité, un culte s’est développé dans une maison où, selon la légende, Marie aurait habité. A Soissons, une église est consacrée à Marie, au VI°siècle, sur les fondements d’un temple d’Isis. Le Mont Carmel, autrefois consacré au culte cananéen d’Astarté, donne son nom à un Ordre voué à la Vierge. A Rome, la basilique Santa Maria sopra Minerva près du Panthéon, est construite sur un ancien temple dédié à Minerve, tout près d’un sanctuaire d’Isis.

D. LES TEMPS DE CULTE

Le cycle des saisons et la course du soleil qui marquent le cycle de la vie végétale, animale et humaine servent de cadres aux temps forts du culte à la Déesse. Le culte de Marie prend place dans ces mêmes temps. La Purification de la Vierge, le 2 février, appelée aussi Chandeleur, coïncide avec une ancienne fête des lumières : on allumait des feux et des torches toute la nuit pour aider à la revivification de la nature. Cette fête renvoyait au rite éleusiniens des fidèles portant des torches en commémoration des recherches entreprises par Déméter pour retrouver Korè. Les bougies étant les emblèmes du pouvoir divin et vivificateur du soleil, la Purification de la Vierge prend toute sa valeur à l’époque de cette fête. De fait, le rite de la Purification résulte du mystère de l’Incarnation qui arrache l’humanité aux puissances des ténèbres. Auparavant, la Vierge a porté la lumière. L’Annonciation, au printemps, le 25 mars, correspond à l’élan de la nature qui reprend vie. La date précise résulte, bien sûr, du choix de celle, neuf mois plus tard, de la naissance du fils de Dieu, le 25 décembre, au moment où la lumière, elle, reprend son élan. La Vierge donne naissance à Jésus au moment du solstice d’hiver, moment où le soleil commence à croître, or, cette fête de Noël était aussi celle du « Soleil Invaincu » dans le culte de Mithra. C’est aussi, à cette époque de l’année, qu’en Egypte le dieu-Soleil renaissait, Horus, fils d’Osiris, dans les bras d’Isis. De même, c’était la fête de Saturne, dieu romain primitif de l’agriculture. L’Assomption, autre temps fort pour Marie est célébrée au mois d’août, à l’époque des fêtes champêtres à la fin des moissons, période de culte à la Déesse Déméter à qui les prémices étaient offerts. Ainsi, l’Eglise adapte et interprète les croyances païennes pour en faire sa doctrine. Elle édifie sa foi et ses pratiques sur les vestiges de l’antique culte. Ces temps forts sont chargés d’un sens nouveau, mais ils rappellent toujours qu’il doit y avoir mort pour qu’il y ait renaissance. Ils évoquent ce que le paysan vit au quotidien : l’idée de régénération au printemps, après la mort hivernale. Le fondement du culte de la Vierge prend appui sur le trait commun essentiel à ces déesses, celui de la fertilité, celui de la capacité à donner naissance, tout en s’enracinant dans les écrits évangéliques. Mais, n’existe-t-il pas, dans l’Ancien Testament, une figure féminine désignée par sa capacité à engendrer un être exceptionnel et à revivifier l’humanité, autrement dit une préfiguration de la personne de Marie ?

[1] Isis allaitant Horus. Bronze. Basse Epoque. Musée de Berlin

[2] Inanna/Ishtar ou Cybèle


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