L’Observatoire des religions

Denis Bonfils

jeudi 7 juin 2007

gérant d’une petite entreprise

Trouvez-vous que les questions religieuses occupent une place suffisante dans la campagne présidentielle française ? Non. Ce sont des questions qui ne sont pas mises en avant par l’ensemble des candidats et même par les journalistes. Les questions et les réponses maladroites pourraient être mal perçues… Les candidats (hormis Philippe de Villiers qui a peur d’une islamisation de la France) parlent très peu des religions et indiquent que leurs principales priorités sont la sécurité, la diminution du chômage et pour certains l’écologie. Néanmoins les vieux clichés séparant la gauche et la droite semblent demeurer dans les discours. En général, pour la gauche, la laïcité doit prendre le dessus sur les religions et pour la droite, l’Etat doit être laïc tout en conservant ses valeurs judéo-chrétiennes…

Qu’attendez-vous du prochain Président de la République française en matière religieuse (budget des cultes, enseignement, presse, législation en matière notamment de mariage, d’avortement, d’euthanasie, de procréation ? Et en matière de sectes ?

L’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen proclame : « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi. » L’idéal serait un Etat complètement laïc qui n’aurait pas besoin de se soucier des budgets et des lieux des cultes. Cet idéal n’a jamais été possible puisque l’Etat depuis le 1er janvier 1905 est devenu propriétaire des églises construites avant cette date. L’Etat et les collectivités doivent donc prendre en charge l’entretien et les réparations éventuelles de la plupart des églises. Un siècle après cette loi de 1905, certaines religions géographiquement ou historiquement nouvelles en France comme l’islamisme et le christianisme évangélique rencontrent des difficultés pour pratiquer leur culte puisque les bâtiments de ces religions n’existaient pas avant 1905.

De plus, l’Etat ne peut pas être uniquement spectateur des mouvements religieux, pas plus qu’il ne peut être indifférent de la popularité des matchs de football. La religion est bien sûr différente d’un phénomène sportif ou culturel, mais l’Etat doit y consacrer aussi une petite part de son énergie puisqu’elle concerne un grand nombre de nos concitoyens.

Au sujet des sectes Le mot « secte » est devenu un terme polémique. Cette déformation du mot secte est regrettable. Son premier sens était de désigner un ensemble d’hommes et de femmes partageant une même doctrine philosophique ou religieuse. Evidemment on peut changer le terme « secte » en « nouveau mouvement religieux » ou « nouveau mouvement philosophique ». Refuser les mouvements religieux ou philosophiques revient à ne pas respecter l’article 10 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen.

Ce que j’attends du prochain quinquennat :. Je souhaiterais que le prochain Président de la République permette au gouvernement d’établir clairement :.

1)La définition d’une Religion avec ses droits et ses devoirs (budget, bâtiment, formation des religieux, influence étrangère, respect des lois françaises etc.)..

2)Les droits à liberté d’opinion et d’expression des nouveaux mouvements religieux ou philosophiques..

3)Une législation plus juste pour ne pas qualifier à tort un nouveau mouvement de secte dangereuse..

Au sujet de la Presse :
La presse prend souvent la liberté de critiquer à tort ou à raison les religions et les « nouveaux mouvements ». Je ne pense pas que ce soit au Président de la République d’étudier ce problème ; c’est au législateur et à la justice. Néanmoins, le Président peut signaler l’importance de ce sujet.

Trouvez-vous que le traitement des religions en France a été équitable au cours du dernier quinquennat ? Comme on peut le voir dans le rapport Machelon1, le problème est très complexe et on peut comprendre pourquoi les candidats n’osent pas trop s’y aventurer.
Le gouvernement et les collectivités territoriales ont souhaité aider en particulier les musulmans à avoir d’avantage de mosquées. L’islam étant devenu la 2ème religion en France, il y avait un véritable déséquilibre par rapport aux cultes reconnus en 1905 (catholicisme, protestantismes réformé et luthérien, judaïsme).

Pour certains cette aide a semblé non équitable. On connaît au moins le cas d’une commune où la reconstruction de l’église a été entièrement financée par la communauté catholique (denier du culte et souscriptions des fidèles) tandis que le projet de construction de la mosquée de la même ville prenait naissance grâce aux finances municipales.

Le rapport Machelon commandé par Nicolas Sarkozy semble vouloir élargir la notion « d’association cultuelle » jusqu’à la confondre avec celle « d’association culturelle et sociale ».
Cet élargissement peut sembler juste. Il n’y a aucune raison que les stades de football soient subventionnés alors que les lieux de cultes n’aient le droit qu’à l’indifférence.
Malheureusement, le traitement des religions ne peut pas être équitable tant que la loi de 1905 ne sera pas revue et clarifiée. Pour l’instant, il y a un flou qui permet de donner aux uns et refuser aux autres. De plus, il y a eu une volonté de contrôler certaines religions comme l’islam en France de la part de Nicolas Sarkozy.

Que pensez-vous de la notion « Islam de France » mise en circulation par le Ministre français de l’Intérieur ? Voudriez-vous d’un christianisme de France, d’un judaïsme de France, etc… ? Nicolas Sarkozy a repris l’idée de Jean-Pierre Chevènement pour mettre en place le Conseil français du culte musulman (CFCM). Les musulmans de France semblaient manquer de repères.
Sarkozy qui cache très rarement ses intentions, dit clairement « Je veux également couper l’islam de France des influences étrangères, qu’il s’agisse du financement des lieux de culte ou de la formation des imams. »
Evidemment, le but de l’ancien ministre de l’Intérieur n’a pas été uniquement de combler une lacune pour l’islam en France. Sarkozy a souhaité aussi avoir un meilleur contrôle de cette religion pour éviter les risques de développement de l’intégrisme.
Je pense que toutes les religions en France doivent avoir le même traitement.
Dans un premier temps, il est nécessaire de donner la définition exacte d’une « religion en France ».
N’importe quel « mouvement religieux » pourrait devenir « Religion » à partir du moment où il réunit un nombre important de sympathisants. Le traitement des religions doit être équitable. Si l’on donne des droits et des devoirs à une religion, il faut le faire pour l’ensemble des religions.
La création d’un Conseil français de culte chrétien ou judaïque ne me semble pas impossible, s’il est nécessaire pour éviter les dérives budgétaires ou morales…

Comment situez-vous la France par rapport à ses voisins européens sur ces questions ?
La laïcité est une spécificité française au sein de l’Europe, mais la séparation des Églises et des États est établie dans presque tous les pays. Cependant, divers pays ont des systèmes confessionnels, c’est-à-dire que l’État reconnaît une religion officielle ou dominante.
Je pense que le système de laïcité en France est juste, mais notre pays ne devrait pas se masquer la face en refusant un statut de phénomène culturel particulier aux religions dominantes.


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