L’Observatoire des religions

Saint-Pierre à Fécamp

mardi 1er décembre 2009

À Fécamp, à la fin du XIXe siècle, les armateurs à la pêche terre-neuvième se constituent en une classe sociale distincte. Elle s’organise en créant notamment des syndicats professionnels, des sociétés de charité, ainsi que la fête de la Saint-Pierre.

Célébrée peu de temps avant les campagnes de pêche, la Saint-Pierre rassemble très largement : propriétaires, pêcheurs, représentants des pouvoirs publics, clergé, etc. Consensuelle, elle construit les appartenances, propose des représentations et favorise le maintien des hiérarchies et de la structure sociale. Elle contribue à une puissante domination qui fait accepter aux marins jusqu’à l’augure de leur propre disparition en mer.

Aujourd’hui, alors qu’on ne part plus pêcher la morue et qu’une nouvelle économie basée sur la passé maritime fait florès, d’anciens Terre-Neuvas se sont regroupés avec la volonté de rééditer leur fête. La Messe-Souvenir respecte les rituels de la Saint-Pierre.

Il s’agit pour les anciens d’apporter la preuve qu’ils en furent, disqualifiant, de fait, tout autre modalité du rapport à un passé devenu capital. Faisant spectacle des rites autrefois réalisés, la Messe-Souvenir a des fonctions que la Saint-Pierre, pourtant présentée comme son modèle, n’avait pas. C’est même sur la base d’une fidélité revendiquée aux rituels anciens que réside la véritable singularité de la fête actuelle.

La Messe-Souvenir qui répète les rituels de la Saint-Pierre - fête sage - apparaît dans la violence d’une mémoire qui va disparaître, et donne au marin, dans la perspective de sa mort prochaine, un statut social qu’il n’a jamais eu.

Jusqu’à ce que la gestion de la mémoire lui échappe.


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