L’Observatoire des religions

"Nous avons déjà exterminé près de trois millions de juifs"

confiait Himmler au mufti de Jérusalem durant l’été 1943

jeudi 4 décembre 2008

Dans ses mémoires, Hadj Amin el Husseini évoque ses rencontres avec Himmler :

« J’entendais à chaque fois Himmler tenir des propos qui trahissaient une haine violente des juifs. Il les accusait d’être des oppresseurs qui se présentaient en opprimés, d’attiser les guerres , d’être égoïstes, etc. Il exposait l’ampleur des dégâts qu’ils ont infligés à l’Allemagne lors de la dernière guerre . « Ils ne cessaient d’attiser la guerre afin d’en tirer les bénéfices financiers sans y risquer quoi que ce soit. C’est pourquoi nous avons décidé de leur faire payer d’avance, pendant la guerre, le prix de leurs actions nuisibles. Nous en avons déjà exterminé près de trois millions. 

"Ce chiffre me surprit. Je n’avais rien entendu à ce sujet auparavant. Himmler me demanda à l’occasion : "Comment escomptez-vous régler la question juive dans votre pays ? » Je lui répondis : « Tout ce que nous voulons d’eux c’est qu’ils rentrent dans leur pays d’origine. » Il répliqua : "Nous ne les autoriserons jamais à retourner en Allemagne."   Cette conversation eut lieu durant l’été 1943, note l’historien Henry Laurens [1]

"Ce récit paraît vraisemblable dans sa datation, commente Henry Laurens. Il montre l’inachèvement de la pensée du mufti en ce qui concerne les juifs de Palestine, question qui de toute façon n’était pas d’immédiate actualité. En revanche, il est clair qu’il identifie progressivement son combat en Palestine à celui de l’ Allemagne contre le judaïsme mondial.

Pas de vision raciale de l’histoire

"La lecture de l’ensemble des passages des Mémoires consacrés à son séjour en Europe montre une assimilation du contenu de l’antisémitisme européen [...]

"En revanche, une vision raciale de l’histoire du monde est totalement absente de sa perspective générale. Il a été reçu avec honneurs dans les milieux dirigeants du nazisme et il en fait un récit nettement complaisant. Il n’exprime aucun regret sur son attitude et sur ses choix, mais rappelle que l’extermination des juifs d’Europe a été le fait des Allemands et qu’il ne porte aucune responsabilité dans la prise de décision comme dans ses modalités d’exécution. Dans l’ensemble de ses écrits postérieurs à 1945, il n’a pas d’attitudes négationnistes, alors qu’à l’époque du procès Eichmann (1960), des hommes politiques arabes de première importance adopteront ce type de discours." [2]

Lettre à Hitler

En janvier 1941 Hadj Amin el Husseini avait adressé une lettre à Hitler, où il écrivait notamment :

« Si l’ennemi commun est le prélude de la formation de l’unité nationale, on peut dire que le problème palestinien a hâté cette unité. Au point de vue international, les juifs du monde entier se sont inféodé à la Grande-Bretagne dans l’espoir que, victorieuse, elle puisse réaliser leurs rêves en Palestine et même dans les pays arabes environnants. En aidant les arabes à abattre les visées sionistes, les juifs et surtout ceux des Etats-Unis , seront tellement démoralisés en voyant l’objet de leur rêve tomber dans le néant qu’ils perdraient leur enthousiasme à aider la Grande-Bretagne et se rétracteraient devant la catastrophe."

"Par sa formation initiale, commente H. Laurens, Hadj Amin el Husseini était loin d’être un antisémite. Il avait appris le français à l’Alliance Israélite Universelle de Jérusalem et Albert Antébi [3],avait été l’un des ses mentors.

"Quand il joue la carte allemande, c’est par pur pragmatisme" [4]

[1] Henry Laurens (2002), La Question de Palestine, Tome deuxième 1922-1947, Une mission sacrée de civilisation, Fayard

[2] op. cit. p. 469-470

[3] Albert Antébi (1873-1919) fut l’un des grands acteurs de l’implantation des villages juifs en Palestine ottomane qui avait commencé dès 1882

[4] op. cit. p. 467


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