L’Observatoire des religions
Philippe Simonnot publie

Enquête sur l’antisémitisme musulman, De ses origines à nos jours

« Un livre dérangeant, y compris pour Israël », selon Yvan Rioufol

mardi 1er décembre 2009

Philippe Simonnot publie Enquête sur l’antisémitisme musulman, De ses origines à nos jours, aux Editions Michalon, mars 2010.

Les mondes musulmans sont aujourd’hui travaillés par un antisémitisme inquiétant. Loin d’être une simple importation européenne, il plonge ses racines dans une histoire dont les placards sont pleins de cadavres. Des massacres de juifs à Médine, au temps du Prophète, racontés par la Tradition, au nettoyage ethnique de la Palestine lors de la création d’Israël en 1948, la relation judéo-musulmane est empoisonnée par des crimes d’autant plus obsédants qu’on tente de les nier.

Cette enquête méthodique passe au crible quatorze siècles d’histoire commune entre juifs et musulmans. La concurrence sanglante entre les deux monothéismes ouvre sur le statut de dhimmi, qui assure aux juifs la protection mais aussi le mépris. Avec le déclin de l’empire ottoman et l’influence croissante des Occidentaux s’amorce un renversement : les dhimmis nouent de nouvelles alliances, qu’on ne leur pardonnera pas. « Trahison » du contrat passé avec l’islam, comme on le leur reproche, ou tout simplement élévation rapide de ceux qu’autrefois on subjuguait, quelque chose se noue, qui va exploser au XXe siècle.

Cette haine aveuglante n’est pas un simple ressentiment social, avivé par des régimes prompts à détourner les frustrations de leur population ou exploiter des sentiments religieux dévoyés. L’antisémitisme en terres d’islam croît aussi au rythme de l’histoire folle du XXe siècle : le sionisme, les deux guerres mondiales, le jeu corrosif des puissances anglo-saxonnes aux dirigeants animés par un messianisme chrétien, l’alliance trouble d’Hitler avec le grand mufti de Jérusalem, la création d’Israël et les guerres avec les Etats arabes, l’acquisition de la bombe nucléaire avec le soutien de la France…

« Un livre dérangeant, y compris pour Israël », selon Yvan Rioufol

La crainte déférente devant l’idéologie islamiste […] ne dit rien de bon sur l’état des défenses immunitaires des démocraties. La peur a gagné l’Europe, ventre mou de l’Occident, fascinée par la puissance des autres. Ceux qui font, avec raison, le procès des taiseux devant les montées du communisme puis du nazisme au 20ème siècle observent généralement un même silence complice devant l’avancée de cet autre totalitarisme à «  l’idéologie haineuse » et aux « discours nauséabonds », pour reprendre des expressions que les mouvements antiracistes, MRAP en tête, réservent à ceux qui dénoncent cette régression qui vient.

Dans un livre dérangeant, y compris pour Israël (Enquête sur l’antisémitisme musulman, Editions Michalon, Philippe Simonnot, ancien chroniqueur au Monde, décrit ce que furent les relations entre Hitler et le mufti de Jérusalem, Hadj Amin al-Husseini, dans la Solution finale. La rafle du Vel’d’Hiv, évoquée mardi sur France 2 à propos d’un film qui retrace cette honte, vient rappeler ce que fut l’aveuglement devant l’antisémitisme de cette époque soumise. Or c’est un même symptôme qui se reproduit ailleurs. N’y a-t-il donc personne pour dénoncer les impostures des fondamentalistes qui se disent persécutés en France comme le furent jadis les Juifs ? La complaisance est leur alliée.

Yvan Rioufol, Le bloc-notes, Le Figaro, 12 mars 2010.

Présentation du livre sur le site Judaïques Cultures www.judaicultures.info

L’antisémitisme a littéralement explosé ces dernières années dans les mondes musulmans, en France comme ailleurs.

Ce phénomène massif, devenu une sorte de tabou, est largement nié, dénié, refoulé en Occident, et particulièrement en France, où l’on se targue pourtant d’une vigilance rigoureuse dans ce domaine. Comme s’il y avait deux poids deux mesures.

Qu’en est-il, donc, exactement de l’antisémitisme musulman ? Il fallait une enquête à ce sujet, la plus minutieuse et la plus objective possible. Ne pouvant se limiter à l’actualité immédiate, elle devait forcément remonter dans le temps, de siècle en siècle, jusqu’aux origines de l’islam, même si ce dernier, en lui-même n’est pas plus antisémite que le christianisme, le Dieu Miséricordieux ne pouvant être soupçonné de la moindre haine à l’égard d’aucun être humain.

Philippe Simonnot, qui a montré dans d’autres livres et articles récents les compétences nombreuses, aigues, qui sont les siennes dans les religions issues de la Bible, a mené cette enquête de bout en bout, sans préjugé, avec obstination.

Au point de départ du livre, des textes effroyables tirés de la presse arabe de ces dix dernières années où l’éloge d’Hitler voisine avec les pires accusations contre les juifs dans le style de la presse antisémite de l’Europe nazie.

Puis on remonte jusqu’au Coran d’où est tirée l’idée répandue aujourd’hui que « les juifs descendent des singes et des porcs ». Dans la Sîra (biographie traditionnelle du Prophète), les juifs de Médine sont chassés, pillés, massacrés ; tous les hommes d’une tribu juive sont égorgés de la main même du Prophète, un fait caché par les biographes modernes de Muhammad (Maxime Rodinson, Mahmoud Hussein, Tarik Ramadan, par exemple).

Ensuite, le fameux statut de dhimmi (protégé) est réexaminé à la loupe, quelques mythes sur la symbiose judéo-musulmane et le « miracle andalou étant sérieusement écornés au passage.

Vient la rencontre entre l’Europe impériale, coloniale et l’islam. La plupart des juifs sont aspirés par le style et le niveau de vie européens. D’où la haine du « protecteur » qui se sent trahi et dépassé.

Le sionisme aggrave la situation des juifs en terre d’Islam. D’autant que derrière le sionisme (juif) se cache un sionisme chrétien qui lui est antérieur de plusieurs siècles. L’auteur met en lumière ce mouvement peu connu. L’expression « une terre sans peuple pour un peuple sans terre », qui a fait couler tant de larmes et de sang, est d’origine chrétienne. La célèbre déclaration Balfour, qui est à l’origine de l’Etat d’Israel « a été en un sens très profond un document chrétien », confirme le Rabbin J. Zwi Werblowsky. Mais derrière le philosémitisme chrétien, se cache l’arrière pensée de « vider » la diaspora juive de son contenu au détriment d’un « non-peuple indigène ».

Simonnot montre ensuite à quels excès peut conduire l’antisémitisme musulman en rappelant la carrière étonnante du grand mufti de Jérusalem, ce criminel de guerre qui n’a échappé au tribunal de Nuremberg que grâce à la protection de la France.

Tout cela aboutit à l’épouvantable « nettoyage » de la Palestine en 1948, prémédité de longue date comme le démontre Simonnot. Le livre se termine sur la manière dont la France a « donné » la bombe atomique à Israël comme paiement pour la participation de l’Etat juif à l’opération de Suez de 1957, qui se termine par le désastre que l’on sait. Introduire l’arme nucléaire dans la poudrière du Proche-Orient n’est pas ce que l’on pouvait souhaiter de mieux. D’autant qu’Israël en a tiré le statut unique de puissance nucléaire non avouée, qui ne fait que lui attirer davantage de haine et de méfiance de ses voisins.

Les résultats, souvent surprenants, toujours instructifs, de cette enquête vont dans le sens de la vérité qui, contrairement au dicton, est bonne à dire, surtout si l’on recherche une paix authentique entre les peuples.

La critique d’Alain Dumait

Posté le 05/04/2010

Pendant qu’en France, et généralement en Occident, de fins limiers, vivant d’ailleurs d’argent public (MRAP, LICRA, SOS-Racisme, CRAN…), traquent le moindre indice de racisme ou d’antisémitisme, au Moyen-Orient, et dans l’ensemble des pays musulmans, la haine du juif bat son plein chaque jour.

Si vous ne lisez pas très bien l’arabe il suffit pour vous en convaincre d’aller sur le site , de l’Institut de recherches des médias du Moyen-Orient pour avoir une idée, en traduction française, de la violence du martèlement de cette campagne.

C’est ainsi que, le 24 mars dernier, MEMRI mettait en ligne, avec traduction, la video d’un ballet antisémite diffusé deux mois plus tôt par la télévision de l’Autorité palestinienne (financée par l’Union européenne) encourageant le martyre des enfants kamikazes…

L’ouvrage que vient de consacrer l’économiste Philippe Simonnot sur l’antisémitisme musulman commence donc par quelques citations de la presse grand public des pays arabes. Ligne général : « le sionisme est un racisme qui a dépassé le nazisme »… D’ailleurs Hitler était un grand homme !… « En comparant les sionistes aux nazis, on insulte les nazis »…

Il est donc temps de réviser l’idée reçue selon laquelle l’antisémitisme serait seulement ou principalement d’origine chrétienne. D’autant que, dès l’an un de l’Hégire, quand

Muhammad quitte La Mecque pour Médine, il est amené à se battre contre trois tribus juives qui vivaient là depuis fort longtemps, en bonne entente jusque là avec les populations polythéistes. Tour à tour vaincues, ces tribus eurent le choix entre l’exil et la conversion à l’islam. Mais ceux que le prophète avait des raisons de considérer comme des « traîtres » furent simplement décapités sur la place du marché de la ville, Muhammad participant lui-même à l’exécution des condamnés.

Tel serait le « secret de Médine », sur lequel les biographies de Mahomet sont toujours très discrètes, et qui éclaire évidemment d’un jour particulier ce qu’allaient être, au cours des siècles suivants, les relations entre les Juifs et les musulmans.

Celles-ci se compliquent avec l’irruption, au XIXème siècle, de l’opinion publique occidentale, et d’une forme nouvelle d’ingérence dans les affaires des pays soumis à l’autorité ottomane. Un « pouvoir juif » émerge en Europe pour venir en aide aux juifs d’Orient. Le sionisme, chrétien puis juif, devient le fourrier de l’antisémitisme musulman.

L’horreur du XXIème siècle

Simonnot consacre l’un des trois derniers volets de son enquête au mufti de Jérusalem, chef des SS musulmans, criminel de guerre sauvé par la France en 1946… Puis à ce qu’il appelle le « nettoyage » de la Palestine, non pas après mais avant la proclamation de l’Etat juif, le 11 décembre 1948. Et enfin à la construction de l’arme nucléaire israélienne, avec l’aide de la France, dès 1956. Fait à la fois certain, mais officiellement nié, ce qui permet à Israël d’échapper à tout contrôle international…

L’auteur laisse le lecteur conclure lui-même cette « enquête ». Sans doute a-t-il considéré que cette conclusion, qui découle de ce travail, était trop effrayante pour être dite clairement : les éléments d’une nouvelle confrontation sont bel et bien réunis, avec d’un coté l’antisémitisme musulman, et de l’autre le sionisme occidental. Pour aboutir probablement à l’horreur du XXIème siècle…


Accueil du site | Contact | Plan du site | En résumé | Espace privé | Statistiques | visites : 274675