L’Observatoire des religions
Essai d’investigation empirique

Islam et développement économique

par Hamdi KHALFAOUI

mercredi 31 mars 2010

Le présent article cherche à démonter si l’Islam, en tant qu’ensemble de croyances religieuses, favorise le développement et la prospérité économique du monde musulman ou il constitue entre autres un facteur de blocage et de pauvreté. Notre étude empirique, portant sur un échantillon de pays arobo-musulmans et musulmans non arabe, conclue qu’en général l’Islam favorise le développement économique. Cependant, les choix de politique économique jugés parfois inappropriés et la structure du système de gouvernance adoptée par certains pays musulmans expliqueraient les causes de leur sous-développement.

This article seeks to dismantle if Islam as a religion affect the behavior and entrepreneurial spirit of Muslims is a factor of development and economic prosperity or impede and poverty. Our empirical study, covering a sample of countries arobo-msulmans and non-Arab Muslims, concluded that in general Islam promotes economic development. However, the politico-economic choices deemed inappropriate and sometimes the structure of governance adopted by some Muslim countries explain the causes of their underdevelopment.

Mots clés : Islam, développements économiques, données de panel

II/ Islam et croissance économique : une relation litigieuse

Les fervents opposants aux théories qui stipulent que l’Islam est défavorable au développement économique appuient leur plaidoirie sur des faits historiques en remontant aux ères glorieuses du monde musulmans qui a longtemps dominé le monde européen depuis le moyen âge jusqu’au 18ème siècle date de la révolution scientifique, technologique et industrielle en Europe. Date à laquelle les Occidentaux ont rattrapé et surpassé les musulmans.

A ce propos, Jacques Austry essaye de poser en des termes nouveaux le problème de développement économique des pays musulmans, il souligne : "la rencontre de l’Islam avec la civilisation industrielle de l’occident au 19ème siècle s’est traduit par un traumatisme historique qui bien loin de développer les potentialités créatrices de l’Islam sur le plan économique, les a plutôt inhibés". Il ajoutera plus tard que : "la révolution industrielle occidentale était complice du colonialisme".

Ainsi des auteurs tels que Sauvaget ou Gardet remontent aux siècles conquérant des Omeyyades (661-758) dont le kalifat a conduit l’empire musulman à sa plus grande extension territoriale. Ce règne a instauré des systèmes administratifs, juridiques, commerciaux et culturels qui ont propulsés le monde musulman à son apogée.

Ils parleront également des siècles d’or des Abbassides qui ont occupé un demi-millénaire (750-1258). Pendant ces ères de règne, l’Islam en tant que pratique morale, sociale et économique en conformité avec ses principes religieux a pu être un facteur de cohésion social et a permis d’ériger une société riche et développée.

Plus près dans le temps, il est aussi important de souligner le succès observé par la finance Islamique de par le monde. Les banques Islamiques qui fondent leurs systèmes d’intermédiation sur des moyens cherchant à remplacer l’intérêt par d’autres modes et instrument connaissent un succès fulgurant.

Selon une étude du Fond Monétaire international (2005), la finance Islamique se développe à un rythme rapide et soutenu puisqu’en 1975 on ne comptait qu’une seule banque et maintenant 300 banques existent sur 75 pays dans le monde. Ces banques sont concentrées dans le Moyen Orient, l’Asie du sud est et aussi l’Europe et les Etats Unis.

Les banques Islamiques connaissent un essor et un succès et se montrent efficaces en terme de mobilisation des dépôts et enregistrent un taux de pénétration de marché très élevé.

Par ailleurs, des chercheurs ont tenté d’étudier les déterminants des écarts de performances économiques entre les pays. Ils ont introduit comme facteurs explicatifs la dimension culturelle. Des travaux de grande envergure notamment ceux de Hoftede en 1997 et 2001 qui ont analysé l’impact des variables socioculturelles sur un échantillon large de pays ont démontré que ces variables ne permettent pas d’expliquer directement la performance économique des pays.

Toutefois des études telles que celles de LaPorta et AL en 1997 considèrent que certaines religions qu’ils qualifient de hiérarchiques en l’occurrence le catholicisme, le christianisme orthodoxe ainsi que l’islam engendrent des systèmes socio-économique où règnent des phénomènes de corruption, des systèmes judiciaires peu efficaces et des formes prononcées de bureaucratie, des évasions fiscales, une grande inflation etc. Toutefois, ces études n’ont pas abouti à des résultats probants quant au lien direct entre religion et performance économiques.

Patrik Haeni parle « d’un nouvel Islam ayant des formes extraverties, une nouvelle configuration religieuse…. que nous appelons Islam de marché….. en raison de ses affinités avec les institutions du champ économique qui lui serviront de support et avec la nouvelle culture d’entreprise.

Par ailleurs, la voie de l’exploration empirique semble être privilégiée par certains auteurs afin de saisir empiriquement l’impact de l’Islam sur la performance économique. Il s’agit de voir si l’appartenance à une certaine culture est de nature à agir sur les déterminants de la croissance.

Robert Barro et Rachel Mccleary ont conclu dans leur article intitulé « Religion and economic growth across countries » que la croissance économique répond de manière positive à la mesure des croyances religieuses, notamment ceux de l’enfer et le ciel, mais négativement à la fréquentation de l’église. C’est à dire, la croissance dépend de la mesure de penser par rapport à l’appartenance. Ces résultats montrent que les croyances religieuses peuvent influencer les traits individuels qui améliorent la performance économique.

Marcus NOLLAND à juste titre compare l’effet du christianisme, islam, bouddhisme, l’hindouisme et le judaïsme sur la croissance économique à niveau de développement donné. L’auteur a mené ses analyses sur 50 puis 70 pays ainsi qu’à l’intérieur de 3 pays multiconfessionnels, il a démontré qu’à niveau de développement économique donné, l’Islam ne réduirait pas la croissance mais la favoriserait.

François Fachini, déjà cité, montre que « la relation entre l’Islam et le développement économique est une question difficile à relever. Elle partage de nombreux auteurs des sciences sociales ». Il souligne plus tard « qu’il est important de bien distinguer ce qui relève de la morale de ce qui relève de la relation de causalité… que l’Islam soit ou non un frein au développement économique n’a aucune conséquence sur sa capacité à dire le bien et le mal… l’Islam peut être un facteur de progrès moral sans être à l’origine de progrès économique ».

 L’auteur est Aide financier dans une société de carrière à Kairouan (SARL) :  Financier dans une de distribution de caoutchouc à Tunis (SARL)  Membre du laboratoire de recherche "PSDD » à la FSEG- Tunis  Membre du comité d’organisation de la JEMOB  Enseignant à l’ISIG de Kairouan (2002/2003, 2003/2004, 2004/2005 et 2005/2006)

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