L’Observatoire des religions
Essai d’investigation empirique

Islam et développement économique

par Hamdi KHALFAOUI

mercredi 31 mars 2010

Le présent article cherche à démonter si l’Islam, en tant qu’ensemble de croyances religieuses, favorise le développement et la prospérité économique du monde musulman ou il constitue entre autres un facteur de blocage et de pauvreté. Notre étude empirique, portant sur un échantillon de pays arobo-musulmans et musulmans non arabe, conclue qu’en général l’Islam favorise le développement économique. Cependant, les choix de politique économique jugés parfois inappropriés et la structure du système de gouvernance adoptée par certains pays musulmans expliqueraient les causes de leur sous-développement.

This article seeks to dismantle if Islam as a religion affect the behavior and entrepreneurial spirit of Muslims is a factor of development and economic prosperity or impede and poverty. Our empirical study, covering a sample of countries arobo-msulmans and non-Arab Muslims, concluded that in general Islam promotes economic development. However, the politico-economic choices deemed inappropriate and sometimes the structure of governance adopted by some Muslim countries explain the causes of their underdevelopment.

Mots clés : Islam, développements économiques, données de panel

Session I/ Islam et développement économique : Revue de la littérature

I/ L’Islam est-il un frein pour la croissance économique ?

La controverse entre Islam et capitalisme remonte aux années 1960. Elle a débuté par le débat initié par Max Weber 1968 sur la non extension de l’industrialisation capitaliste au Moyen Orient. Maxime Rodinson 1967 et Turner 1978 affirment que le déclin économique résulterait du caractère à la fois anticapitaliste et conservateur de la religion islamique ou de l’état musulman lui-même qui statiques et despotiques.

David Mc Clelland 1961 affirme à l’instar de Weber que l’Islam constitue un frein à la croissance et ceci apparait spécialement dans les pays qui ont bâti leurs systèmes économiques et sociaux sur les bases de la loi coranique. Les arguments de ces auteurs s’appuient sur des faits de nature historico descriptive .

Des auteurs tels que Guiso, Sapienza et Zingales affirment que les musulmans sont « anti-marché » ; dans la mesure où ils estiment que l’Islam est « négativement associé à des attitudes favorables à la croissance ». Les auteurs critiquent les fondements des lois islamiques qui tirent leur légitimité tout d’abord du Coran mais également de la Sunnah (paroles et actes du prophète ou de ses proches disciples) de l’Ijmaa (consensus des hommes de foi) ou encore El Qyas (ou Ijtihad) à savoir des interprétations personnelles des hommes de religion selon les principes de l’Islam.

La loi coranique ou « shariaa islamia » définit les règles qui régissent les relations économiques dans un système économique complet à savoir les règles sous-jacentes à l’allocation des ressources, le fonctionnement du système productif, à la répartition des richesses, au financement de l’économie, d’une manière générale ce que l’on peut qualifier de relation macro-économique. La shariaa a également mis les soubassements d’une série de règles de conduite qui doivent régir les relations financières entre les individus.

La répartition de la richesse créée dans l’Islam répond à la croyance des musulmans aux principes unitaires (Tawhid) qui énonce l’unicité de dieu et l’égalité entre les hommes. En terme économique ceci signifie que les ressources en capital doivent être partagées entre les membres de la société. Les riches doivent aider les pauvres.

La règle la plus controversée est celle du taux d’intérêt nul . Ainsi l’absence d’intérêt est une caractéristique cruciale du système financier islamique.

Pryor adresse une critique majeure au système économique islamique affirmant qu’il entraîne une baisse de l’épargne et défavorise l’intermédiation financière et par voie de conséquence, il en déduit que le système islamique, étant donnée l’étroite relation entre développement réel et développement financier, n’est pas en mesure de favoriser la croissance économique.

Il existe des croyances quasi-unanimes qui prétendent que l’Islam est synonyme de récession économique et sociale. Cette position est renforcée par un état des lieux qui fait apparaître un paradoxe de croissance qui caractérise certains pays arabo-musulmans .En effet, certains pays arabo-musulmans ne manquent pas de ressources quelle qu’en soit la nature mais semblent être pris dans une sorte de « piège de pauvreté » duquel ils ont du mal à émerger.

Certains auteurs attribuent la pauvreté des pays musulmans à l’Islam lui-même dans la mesure où c’est une religion qui prêche le fatalisme qui est défavorable à la croissance.

D’après le rapport de PNUD 2002, les musulmans sont classés parmi les pays sous développés caractérisés par un PIB faible, un taux de pauvreté élevé, un taux d’analphabétisme important, un retard technique et technologique et un cadre institutionnel inapproprié et inefficace lorsqu’il existe. A l’exception des pays pétroliers, qui ne sont pas forcement riches, les pays musulmans soufrent généralement d’un déficit budgétaire et courant chronique, d’une espérance de vie moyenne et d’un pouvoir d’achat faible.

Les causes de ce déclin s’expliquent éventuellement par des facteurs géographiques et politique (régimes totalitaires.) culturels (fanatisme, introversion, le rôle limité de la femme) institutionnels (négligence du cadre institutionnel, corruption, dépendance de la justice,..).

Max Weber dans son analyse critique des institutions politiques et juridiques musulmanes par opposition à celles du monde occidental, considère que le « féodalisme prébendier » et le « patrimonialisme bureaucratique arbitraire » caractéristiques des dynasties Abbasides, Mameluks et Ottomanes, ont empêché les structures légales rationnelles, prévisibles et évolutives de se développer .

A l’exception de quelques pays musulmans (Iran, Malaisie, Pakistan, Turquie, Tunisie, Maroc) qui ont réussi relativement à assurer des niveaux de croissance assez respectables, le reste du monde musulman se trouve encore au fond du classement mondial.

Par ailleurs, pour d’autres auteurs (Said, Kuran et Nafissi), l’Islam introduit une forme de rapport avec la société contraire aux exigences du monde moderne ouvert et extraverti. L’Islam en tant qu’ensemble de rattachement intime à des valeurs pratiques et principes dictés à la fois par le coran et chariaa (ahadith nabaouilla), il peut influencer les choix institutionnels qui ont par conséquent un impact direct sur le comportement entrepreneurial des investisseurs et sur la croissance économique.

Des auteurs tels que Fachini et Kuran expliquent le sous développement des pays musulmans par les modèles gouvernementaux des pays arabo-musulmans. Facchini précise : « la démocratie est l’emblème de l’occident… l’Islam est une religion figée dans son atemporalité et par nature incompatible avec la modernité politique » Le monde musulman soulève des interrogation et les tenant de la thèse que l’Islam défavorise la croissance, appuient leur postulat sur un certain nombre de faits de nature économique (faiblesse des taux de croissance, faible taux d’investissement réel, allocation inefficace des ressources), politique (Etat de droit, interventionnisme, intrusion de l’Etat) et culturelle (fanatisme religieux).

Les principaux handicaps dont souffrent les pays arabo-musulmans se situeraient au niveau des comportements socio-économiques qui entravent le développement et la croissance économique. De ce fait, même les pays riches (mais non moins sous développés), en l’occurrence les pays producteur de pétrole semble ne pas profiter de leurs rentes.

D’après le Président du Conseil Economique Panarabe, le prix du pétrole a fait explosé les revenus de certains pays arabes de 33% environ mais la majeure partie des revenus pétroliers étaient investis dans l’immobilier et l’armes plutôt que dans les secteurs créateur d’emplois.

Certains analystes financiers parlent de la « malédiction du pétrole » puisque la rente pétrolière a annihilé la production et l’industrie. Ainsi, en Arabie Saoudite à titre d’exemple, 70% du budget de l’Etat repose sur la rente pétrolière. L’industrie et les services sont également centrés sur l’extraction et la transformation du pétrole, l’agriculture ne compte que pour 5% du PIB.

Cette situation qui n’est pas l’apanage de l’Arabie Saoudite, mais de nombreux pays producteurs de pétrole, fragilise le système économique qui lui-même est, du reste, fortement tributaire des cours du baril et des quotas négociés à l’OPEP.

Le principal blocage de ces pays ne semble pas résulter d’un manque de ressources, ni des déséquilibres macro-économiques qui semblent être plus ou moins maîtrisés. Il s’agit plutôt des choix inopportuns de politique économique, d’allocation irrationnelle des ressources, d’un cadre institutionnel inefficient etc.

 L’auteur est Aide financier dans une société de carrière à Kairouan (SARL) :  Financier dans une de distribution de caoutchouc à Tunis (SARL)  Membre du laboratoire de recherche "PSDD » à la FSEG- Tunis  Membre du comité d’organisation de la JEMOB  Enseignant à l’ISIG de Kairouan (2002/2003, 2003/2004, 2004/2005 et 2005/2006)

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