L’Observatoire des religions

Les juifs incroyants se sentent encore plus « élus » que les autres. Mais ils ne le savent pas.

samedi 17 mai 2008 par Jean Daniel

Dans "La Prison juive" (2004), sans doute le meilleur de ses livres, Jean Daniel a exposé les contradictions du sionisme et du judaïsme d’hier et d’aujourd’hui. Et notamment celle-ci, qualifiée de cruelle par l’auteur, "entre l’octroi à Israël d’une terre confisquée à d’autres et l’exigence d’une sainteté nationale". Plus loin il évoque "le cruel caprice d’un dieu qui octroie à son peuple une terre dont la défense implique sans doute une fidélité à l’Alliance mais une trahison de l’Election et des dix commandements." Plus loin encore, la "prison juive" est présentée dans certaines circonstances comme "cruelle, glorieuse, absurde, éternelle".
La cruauté de Dieu va même, sous sa plume, jusqu’au sadisme :"En tout cas, observe-t-il, si j’avais désiré une preuve supplémentaire du caprice sadique avec lequel Dieu traitait Son peuple (ou Ses peuples), ou du masochisme avec lequel les mêmes peuples s’étaient inventé cette ville trois fois sainte , il est évident que Jérusalem me l’a procurée. "
A lire de toute urgence.
 Un jour, le leader algérien , Ben Bella, qui avait fait de moi son ami, m’a emmené dans son premier voyage au Caire, voyage qui comptait énormément pour lui. Dans l’avion, alors que l’on survole les déserts, il me dit : »Je voulais que Nasser gagne à Suez et il a gagné, je voulais l’indépendance de l’Algérie , je l’ai eue, et il reste maintenant à libérer la Palestine . ». « Regardez ces déserts, vous ne croyez pas qu’il y a de la place pour tout le monde ? », lui dis-je. Réponse : « Dans un désert il y a toujours de la place ! Ma nourrice était juive. Cela n’a rien à voir, mais la Palestine , c’est autre chose, ce sont des étrangers ! »
C’est ainsi que j’ai découvert le problème israélien . Ma découverte du sionisme s’est accompagnée soudain de la haine qu’il provoquait. J’avais pour ces victimes du colonialisme une sympathie, une connivence même , or elles prononçaient ce genre de propos qui non seulement me heurtaient mais m’inquiétaient. 167
 Au Caire, un jour, visitant les leaders algériens qui s’y étaient repliés, j’avais avancé l’idée, devant Ferhat Abbas , que les Israéliens et les Algériens avaient bien des points communs : ils étaient passés du terrorisme à la résistance , de la résistance à la révolution ; ils avaient à construire un Etat qui avait disparu , l’un depuis deux millénaires, l’autre depuis quelques siècles . Ferhat Abas n’avait réagi que par un sourire, désirant probablement ne pas décevoir quelqu’un d’utile à son projet du moment, remettant à plus tard le soin de manifester son hostilité à Israël . 168
 Je me refusai à assimiler le jeune Etat juif à une forme de colonisation. S’il s’agissait de violence, aucune nation n’était née sans y avoir recours. Quant à l’exploitation des « indigènes », celle des Israéliens était alors nulle puisqu’ils cultivaient leurs terres eux-mêmes et que les ouvriers arabes étaient des volontaires très minoritaires à l’époque. Enfin , la réalité de la nation palestinienne n’était pas évidente au moment de l’arrivée des pionniers juifs. J’ai toujours été conscient du fait que le nationalisme palestinien était né, s’était développé, grâce aux Israéliens. Les Arabes n’aimaient pas qu’on le leur rappelle… J’affirmais qu’il y avait un droit irrécusable des Palestiniens et un fait incontournable des Israéliens 169
Jean Daniel , La prison juive , Odile Jacob 2004. Les chiffres de ces notes de lecture renvoient à la pagination de l’ouvrage.

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