L’Observatoire des religions

ECONOMIE RELIGIEUSE DEVOILEE

mercredi 27 février 2008 par Alain Faujas pour Le Monde

Le journal Le Monde dans son edition du 27 fevrier a consacre son "Livre du jour" au dernier ouvrage de Philippe Simonnot, Le marche de Dieu. Ci/dessous le texte de cet article signe par Alain Faujas

A l’aide de l’archéologie, Israel Finkelstein et Neil Asher Silberman avaient joyeusement démantibulé les mythes de l’âge d’or hébreu, de la conquête de la Terre promise et du temple du roi Salomon, dans leur Bible dévoilée (Bayard, 2002).

Toutes proportions gardées, Philippe Simonnot, journaliste économique (naguère au Monde) et auteur de nombreux ouvrages d’histoire, se livre à la même entreprise de mise en pièces des trois religions dites du Livre, dans son Marché de Dieu, mais d’un point de vue économique et avec pour maître Adam Smith.

Car "le marché" conclu avec Abraham instaure le monothéisme, c’est-à-dire un monopole de la foi en un Dieu jaloux, ce qui est plus facile pour prélever les dîmes, dons et offrandes qui aident le personnel religieux à prospérer.

Philippe Simonnot décrit comment la religion juive, puis la chrétienne et, enfin, la musulmane ont pris le pouvoir, à cinq cents ans de distance chaque fois.

Mais comment un monothéisme entre-t-il sur le marché religieux où existent déjà deux monothéismes ? "En se prétendant plus aîné que l’aîné, plus proche de la source, plus pur, plus monothéiste." La nouvelle croyance doit apparaître comme à la fois très nouvelle (puisqu’il faut changer de foi) et très ancienne ("La valeur d’une religion, comme le bon vin, augmente avec l’âge").

Le problème est que le monopole religieux, comme tout monopole, s’efforce de tuer la concurrence, et, pour y parvenir, s’adosse très vite à l’Etat. Et là, tout se détraque : la qualité du service religieux n’est plus ce qu’il était ; le clergé augmente ses "prix"... et une nouvelle religion concurrente se présente sur le marché qui rafle la mise jusqu’à ce que, etc.

Philippe Simonnot s’intéresse plus aux personnages secondaires qu’aux fondateurs, à Paul de Tarse qu’à Jésus et à Omar ou à Abd Al-Malik plutôt qu’à Mahomet, car ce sont eux qui structurent la nouvelle foi et organisent ses conquêtes.

Au fil des siècles et avec des lunettes fortement économiques, on y apprend que l’inceste d’Abraham était dû au manque de terres, que le temple de Jérusalem était le plus grand accumulateur de capitaux de l’Antiquité - et aussi le plus "liquide", puisqu’il ne possédait pas de terre -, que la chasteté chrétienne permettait à l’Eglise de s’approprier les patrimoines orphelins, que l’aumône islamique est depuis toujours un quasi-impôt.

La concurrence religieuse, qui s’appelle en fait "laïcité", est-elle bénéfique ? Oui, et d’autant plus qu’il existe une foultitude d’Eglises se disputant les faveurs des croyants, répondent Philippe Simonnot et Adam Smith. Mais si l’entrée sur le marché religieux est totalement libre, "les prédateurs vont se multiplier jusqu’au point où il n’y aura plus assez de proies pour les nourrir", écrit Philippe Simonnot. D’autant plus que les religions "low cost", les petites sectes qui récupèrent pour pas cher les principes des grandes, se mettent à fleurir dans l’hypermarché des croyances.

Que l’Etat ne se croit pas dédouané pour autant ! Il est "une pseudo-Eglise qui a pour religion, ou plutôt pour pseudo-religion, la laïcité, tout à fait capable elle aussi de violence et d’intolérance. En d’autres termes, il n’est pas au-dessus des religions, mais en concurrence avec elles, sur le plan économique comme sur celui de la "direction des âmes" (...). En bridant les ardeurs religieuses, c’est son domaine fiscal qu’il cherche à préserver".

L’idéal ? "Avoir des communautés libres d’accès et désarmées, l’Etat gardant le monopole de la violence légitime", conclut l’auteur de cet essai rigoureux et décousu, débordant d’érudition et de parti pris, et qui ne laisse évidemment pas indifférent.


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