L’Observatoire des religions
Position de la Ligue arabe en 1947

Il n’y a aucune honte à être obligé par la force à accepter une situation injuste.

Il est en revanche honteux de l’accepter sans avoir tout fait pour l’éviter

lundi 25 février 2008 par Abba Eban

Conversation entre Abba Eban, représentant de la délégation israélienne à l’ONU et Abdul Rahman Azzam Pacha, secrétaire général de la Ligue arabe, en 1947, à la veille du vote de l’ONU sur la partition de la Palestine. D’où il ressort une certaine conception du droit. Pour Azzam, il n’y a aucune honte à être obligé par la force à accepter une situation injuste ; il est en revanche honteux de l’accepter sans avoir tout fait pour l’éviter.
Ne serait-il pas préférable pour nous tous que les Arabe recherchent une solution nous permettant de vivre ensemble plutôt que de s’en tenir à une résistance aussi vaine qu’inutile ? La réponse d’Azzam fut courtoise mais ferme : « Le monde arabe n’est pas disposé à un compromis. ». Il ajouta sans hésitations : « Mettez-vous dans la tête que vous n’obtiendrez rien de nous par des moyens pacifiques. Si vous obtenez quelque chose, ce sera par la force, et seulement par la force ».
Je lui fis remarquer que même s’il devait y avoir une guerre, nous ne disparaîtrions pas pour autant et qu’il faudrait bien négocier ensuite. « Puisque, de toute façon, il nous faudra discuter après la guerre, lui dis-je, ne pourrait-on le faire avant en évitant la guerre ?
« Vous êtes trop rationnels, me répondit Azzam. Le monde arabe considère les Juifs comme des envahisseurs et va vous combattre ; la guerre est absolument inévitable. Si vous la gagnez, vous aurez votre Etat. Il est possible, dans ce cas, que les Arabes l’acceptent un jour, mais cela n’est nullement certain. Ne croyez surtout pas que vous avez la moindre chance d’obtenir gain de cause dès maintenant. C’est une question de fierté historique. Il n’y a aucune honte à être obligé par la force à accepter une situation injuste. Il est en revanche honteux de l’accepter sans avoir tout fait pour l’éviter. Ce conflit trouve ses racines au plus profond de l’histoire, mais cette solution sera trouvée par la force. » Azzam semblait évoquer les armées de Saladin s’abatant comme la foudre sur les forteresses des Croisés au Moyen Age. Il en appellait à la tradition guerrière qui avait donné à l’Islam son impulsion première. Calme et sûr de lui, il pouvait se permettre d’être courtois. Encore novice dans le métier de diplomate, j’avour avoir été assez choqué du contraste entre l’atmosphère de la réunion et ce qui y était dit (Nous allons essayer de vous détruire. Vous prendrez bien un autre verre ?).
Extrait de Abba Eban, Autobiographie, traduit de l’anglais par Anne Joba et Benoït Cras, Buchet/Chastel, 1979, p. 70-71.

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