L’Observatoire des religions

Réapparition du millénarisme protestant au 19e siècle

Il invente, pour la Palestine, la formule : "un peuple sans terre pour une terre sans peuple"

lundi 18 février 2008 par Henry Laurens

La confrontation des grandes Puissances à propos du sort du Proche-Orient fait réapparaître le même phénomène que durant l’année 1799 : la constitution autour de l’objet palestinien d’un jeu complexe de calculs immédiats et de rêveries issues du plus profond de l’imaginaire occidental. L’Angleterre lance le mouvement : une nouvelle fois, les millénaristes protestants voient dans les événements en cours la possibilité de réaliser l’accomplissement des prophéties.
Ces milieux sont bien représentés dans l’entourage de Palmerston [1784-1865 ; Premier Ministre de Grande-Bretagne]. En août 1840, celui-ci annonce à son ambassadeur qu’il existe actuellement chez les Juifs d’Europe le fort sentiment que le temps est proche où leur nation pourra retourner en Palestine, et il demande d’encourager le sultan à accepter l’installation des Juifs en Palestine, qui, avec les richesses qu’ils apporteraient avec eux, augmenteraient les ressources de l’empire ottoman et serviraient de barrière contre les ambitions maléfiques du vice-roi d’Egypte.
Il s’agit là de traduire en termes bénéfiques pour la puissance impériale britannique les aspirations des millénaristes protestants, dont la personnalité la plus importante est Antony Ashley Cooper, plus tard septième comte de Shaftesbury. Ce dernier se sent l’instrument de Dieu pour la réalisation du second avènement. La Société londonienne pour la promotion du christianisme parmi les Juifs, fondée en 1808 et dont il est un des animateurs les plus zélés, est l’un des plus importants groupes missionnaires en dépit de la faiblesse de ses résultats (6 ou 7 conversions par an). En 1839, Ashley s’est rendu au près de Muhammad Ali [1805 - 1848, fondateur d’une dynastie qui règne en Égypte de 1805 à 1953] et lui a proposé la constitution d’une société chargée d’acheter de la terre en Palestine et d’y installer des Juifs. [...].
La crise d’Orient est naturellement apparue pour les millénaristes protestants comme un « signe du temps », et ils se lancent dans une campagne de presse en faveur du retour des Juifs. Ashley adresse à Palmerston un mémorandum en faveur de la colonisation juive en Palestine : ces vastes régions sont pratiquement vides d’habitants en dépit de leurs richesses potentielles, en raison de la mauvaise administration ottomane. Les Juifs, assurés par les Puissances e disposer d’une législation civilisée, pourront les mettre en valeur. Cherchant à donner satisfaction à cette fraction de l’opinion publique, Palmerston profite de la restauration de l’autorité ottomane pour demander au consul anglais d’étendre la protection britannique aux Juifs de Palestine opprimés (décembre 1840).
Extrait de Laurens Henry (2007), La Question de Palestine, Tome Premier 1799-1922, L’invention de la Terre sainte, Fayard, p. 52-53, 62-63, 184

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