L’Observatoire des religions
Serge Feneuille, Paroles d’Eternité

Mort, où est ta victoire ? version égyptienne

Préface de Jean Leclant, Photographies de Jean-François Gout. CNRS Editions.

jeudi 14 février 2008

« La mort a été engloutie dans la victoire. Mort, où est ta victoire ? Mort, où est ton aiguillon ? » [1]. Ces paroles de l’apôtre Paul pourraient bien figurer parmi les textes de la Chambre funéraire d’un roi egyptien datant du troisième millénaire que nous offre le livre superbe et intelligent de Serge Feneuille [2] que vient de publier CNRS Editions. A un prix tout à fait abordable (30 €) pour un livre de cette qualité.
Cet ouvrage résulte des travaux de fouilles et de restauration entrepris depuis trente ans sur le complexe funéraire du roi Pépy 1er (± 2335-2219 av. J.C.) par la Mission archéologique française de Saqqarah. Depuis les fantastiques découvertes de Gaston Maspero (1846-1916) en 1880, ce que l’on appelle les Textes des Pyramides ont certes fait l’objet de nombreuses études. Mais jamais elles n’avaient été ainsi portées à la connaissance du grand public. Il faut dire que depuis Maspero, le corpus s’est accru considérablement. Et qu’il est ici traduit, mieux vaudrait dire transcrit, en langage clair par l’auteur, au risque de scandaliser les "gardiens du Temple".
Les « Textes des Pyramides » sont la première trace écrite d’une pensée religieuse et d’une expression poétique dans l’histoire de l’humanité. Ils confirment que le choix architectural pour abriter la dépouille du pharaon indique que vers le ciel monte l’âme du pharaon, la pyramide étant à la fois sommet du règne et instrument de cette ascension.
Pour faciliter notre lecture, Serge Feneuille prend soin de nous rappeler ce qu’était la cosmologie de l’Egypte ancienne : les dieux ont longtemps régné sur la terre, mais cet âge d’or est traversé de querelles et de crises de succession violentes d’une complexité inouïe. Plusieurs révoltes des hommes marquent également cette période qui se terminera pas une rupture majeure, « les dieux abandonnant la terre pour la laisser aux hommes ».
Le mythe osirien, nous indique encore Feneuille, trouve son origine dans le conflit qui oppose Osiris à son frère Seth, jaloux et vindicatif. Osiris y perd un œil, Seth ses testicules. Seth finit par tuer son frère et le démembrer. Isis, la veuve d’Osiris, rassemble les restes dispersés de son époux, à l’exception de son sexe définitivement perdu, ce qui ne l’empêchera pas de ranimer Osiris et de se faire féconder par lui grâce à ses pouvoirs magiques. De cette union naîtra Horus, qui entrera en conflit avec Seth, son oncle. Horus établira finalement son pouvoir sur l’ensemble de l’Egypte.
Le point le plus frappant dans ce mythe est que pour l’Egyptien antique, il n’y a pas de mort naturelle. Toute mort est le fait d’un ennemi et, par là, est assimilable à un meurtre. Le rituel funéraire et le processus d’embaumement par lesquels le nouvel Osiris revient à la vie dérivent directement du mythe. La mort, dans l’Egypte antique, est d’abord un démembrement du corps, et il ne saurait y avoir résurrection sans qu’en soient rassemblés tous les éléments, comme le fit Isis. Les « Textes des Pyramides » traitent métaphoriquement de ce processus , qui, d’un corps disloqué, refait un vivant muni de sa tête, de tous ses membres et de son cœur.

Exemple de texte de la Chambre funéraire de Pépy 1er

Ô Osiris Pépy, tu as été sauvé car je t’ai donné tous les Dieux, leurs héritages, leurs provisions, et tous leurs biens.
Ainsi tu ne mourras pas.

[1] 1 Corinthiens 54-56

[2] Membre bénévole de la Mission archéologique française de Saqqarah, président du Haut Conseil de la science et de la technologie placé près du Président de la République


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