L’Observatoire des religions

L’urgent est de faire sécession

Un interview inédit de Hans-Hermann Hoppe

jeudi 22 novembre 2007 par Philippe Simonnot

The Myth of National Defense (le mythe de la défense nationale) est un volumineux ouvrage du Ludwig Mises Institute, publié sous la direction de Hans Hermann Hoppe. Dans l’esprit de Lee Rockwell, le directeur de l’Institut, c’est une étape cruciale qui est franchie par ce livre. Après la mise en cause de l’Etat Providence (Welfare State), c’est maintenant à la politique étrangère et à la défense nationale qu’il faut s’attaquer. La pensée libertarienne pousse ici sa logique jusqu bout. Car s’il est bien une fonction minimale que les libéraux classiques reconnaissent à l’Etat, c’est celle de la protection de ses citoyens.
L’attentat du 11 septembre 2001 n’a fait que confirmer Rockwell dans ses convictions : comment se fait-il qu’un Etat qui dépense 500 milliards de dollars par an pour la dite défense nationale se soit montré incapable de défendre ses citoyens contre une petite bande de fanatiques armés de cutters ? La réponse, Rockwell la donne lui-même : les règlements ont interdit aux pilotes d’avions de s’armer contre les terroristes ; les équipages ont reçu l’ordre d’obéir à toutes les demandes des pirates de l’air ; et l’on a interdit aux compagnies d’aviation de faire leurs propres choix en matière de sécurité.
Ces réponses sont inspirées de l’ouvrage précité, dont le maître d’œuvre est Hans Hermann Hoppe. Disciple et héritier spirituel de Murray Rothbard, il est, comme son maître l’avait été, professeur d’économie à l’Université du Nevada (Las Vegas) ; il est aussi l’un des piliers du Mises Institute.
La thèse de Hoppe peut être résumée de la manière suivante : par rapport à la concurrence, tout monopole aboutit à une hausse de prix et à une baisse de qualité du produit vendu. Le produit « défense nationale » n’échappe pas à la règle. Son prix est plus élevé et sa qualité est moindre du fait même que sa production est monopolisée par l’Etat. En d’autres termes, nous dépensons beaucoup d’argent en tant que contribuables pour être fort mal défendus en tant que citoyens. La Défense Nationale est une pure mystification. « Jamais durant toute son histoire, constate Hoppe, le territoire continental des Etats-Unis n’a été attaqué par une armée étrangère (Pearl Harbour est le résultat d’une provocation précédente des Etats-Unis et les attaques du 11 Septembre ont été le fait d’une organisation terroriste). » Par contre l’armée américaine n’a cessé d’intervenir dans une multitude de pays, et a des troupes stationnés dans 150 Etats ! Du fait de cette agressivité au niveau mondial, l’Etat américain est actuellement la plus grande cause de danger pour son propre peuple.
La défense pourrait-elle donc être produite par des firmes privées en concurrence les unes avec les autres ? Réponse : la défense est une forme d’assurance, et les dépenses que l’on consacre à se défendre ressemblent aux primes que l’on paye aux compagnies d’assurance. En appliquant la logique de la division du travail, on découvrirait que les compagnies d’assurance seraient les entreprises les mieux placées pour remplir cette fonction. A condition que l’on applique les principes même de l’assurance, à savoir qu’aucun client ne peut s’assurer contre les accidents qu’il cause lui-même.
Autrement dit, la défense devient un bien assurable si et seulement si la compagnie d’assurance réduit par contrat la liberté d’action de ses clients de manière à exclure toute possible provocation ou agression de leur part. En cas de conflit entre agents appartenant à différentes compagnies d’assurance, on peut imaginer des procédés d’arbitrage et de réassurance comme il en existe actuellement sur le marché pour les assurances ordinaires. Dans le système de Hoppe, la compagnie, qui se trouve en concurrence avec d’autres compagnies semblables, a intérêt à assurer au moindre prix, autrement dit pour la prime la plus basse possible, le maximum de protection de ses assurés en sorte de minimiser les dommages, tout en encourageant, voire en obligeant par contrat ses clients à prendre eux-mêmes les précautions qui sont à leur portée.
Propos recueillis par Philippe Simonnot en août 2003 pour le journal Le Monde. Cet interview, relu par Hans-Hermann Hoppe, n’a jamais été publié

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