L’Observatoire des religions
Selon Bernard Lewis

Les chrétiens ont inoculé le virus de l’antisémitisme aux musulmans

dimanche 11 novembre 2007

Ce sont les chrétiens qui ont inoculé le virus de l’antisémitisme aux musulmans. Ce point de vue est développé par le grand islamologue Bernard Lewis, en particulier dans deux de ses livres : Sémites et antisémites, et Juifs en terre d’islam. L’argument du célèbre professeur de Princeton peut se résumer ainsi : pendant des siècles, les musulmans n’ont manifesté que du mépris pour les juifs. Les premières manifestations d’antisémitisme proprement dit se sont produites dans la deuxième moitié du 19e siècle, sous l’influence chrétienne.
Les juifs en terre d’islam furent toujours l’objet d’une discrimination, mais rarement de persécutions ; leur situation ne fut jamais aussi mauvaise ni aussi bonne que dans la chrétienté 152
Plus déterminant encore, on ne trouve pas en islam ces notions de culpabilité et de trahison si caractéristiques de l’attitude du chrétien ordinaire et parfois du clergé vis-à-vis de la religion juive et de ceux qui la professent. 153
Et même l’accusation de meurtre rituel était inconnue, jusqu’à ce que les nouveaux sujets grecs de l’Empire ottoman l’y introduisent au 15e siècle 154
La majorité des écrits polémiques antijuifs sont le fait de convertis, qu’il s’agisse de juifs soucieux de justifier leur acte ou de chrétiens encore imprégnés des préoccupations de leur ancienne foi. Les juifs n’avaient à endurer ni la haine, ni la peur, ni la jalousie, mais le mépris ; ils étaient regardés avec une sorte de condescendance qui pouvaient rapidement e transformer en répression s’ils faisaient mine de se hisser au-dessus de leur rang. 155
C’est au cours du 19e et du 20e siècle que l’hostilité des musulmans envers les juifs changea de nature. Avec l’arrivée en force des Européens, les non musulmans en général cessèrent d’être méprisés pour devenir dangereux. Mais dans le cas des juifs, cette nouvelle attitude se trouva renforcée par l’importation d’ides propres à l’antisémitisme européen. 157
Le judaïsme n’était professé que par de minuscules minorités [...]. Pour la pensée islamique classique, le trait le plus saillant des juifs est leur insignifiance. Religieux, philosophiques ou littéraires, les textes musulmans de cette époque ne manifestent nulle part cette obsession des juifs si typique de la littérature chrétienne. 158
Coran, 2, 61 : « Ils furent frappés par l’humiliation et la pauvreté. La colère de Dieu les éprouva parce qu’ils n’avaient pas cru aux Signes de Dieu, parce qu’ils tuaient injustement les prophètes, parce qu’ils étaient désobéissants et transgresseurs. »
Les mots humiliés et humiliation reviennent fréquemment dans le Coran et les écrits postérieurs à propos des juifs. Aux yeux des musulmans, ils expriment le juste châtiment que ceux-ci doivent endurer pour prix de leur insoumission passée et illustrent leur impuissance présente face aux deux grands empires que sont la Chrétienté et l’Islam. 161
Dans ces conditions il n’est pas étonnant que l’émergence d’une puissance militaire juive capable de remporter des victoires écrasantes ait causé un tel choc parmi les musulmans. Toutefois, on trouva à cet incroyable renversement de situation une explication partielle en invoquant un autre cliché : la duplicité. 163
La contrainte la plus humiliante [...] était le port de vêtements et de signes distinctifs, afin qu’on ne les confondît pas avec les vrais croyants. L’étoile jaune, promise à un bel avenir dans l’occident chrétien, naquit à Bagdad au Moyen Age et représenta l’un des rares cas où l’Orient donna une leçon d’intolérance à l’Occident. 165
Les chiffres de ces notes de lectures renvoient à la pagination des deux livres : Sémites et antisémites, traduit de l’anglais par Jacqueline Carnaud et Jacqueline Lahana, Fayard, 1987, et Juifs en terre d’islam, traduit de l’anglais par Jacqueline Garaud, Flammarion, 1986

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