L’Observatoire des religions
Selon Bernard Lewis

Les chrétiens ont inoculé le virus de l’antisémitisme aux musulmans

dimanche 11 novembre 2007

Ce sont les chrétiens qui ont inoculé le virus de l’antisémitisme aux musulmans. Ce point de vue est développé par le grand islamologue Bernard Lewis, en particulier dans deux de ses livres : Sémites et antisémites, et Juifs en terre d’islam. L’argument du célèbre professeur de Princeton peut se résumer ainsi : pendant des siècles, les musulmans n’ont manifesté que du mépris pour les juifs. Les premières manifestations d’antisémitisme proprement dit se sont produites dans la deuxième moitié du 19e siècle, sous l’influence chrétienne.
Ch 4 : La fin d’une tradition
Nouvelle relation triangulaire entre l’Occident, le monde musulman et les juifs. Trouve sa première expression dramatique en 1840, lors de la fameuse affaire de Damas : meurtre rituel d’un franciscain. 182
Le consul de France à Damas déclenche une action non seulement contre les juifs de Damas, mais aussi contre ceux du monde entier. A cette époque, Damas relève de l’autorité de Mohammed Ali Pasha, gouverneur ottoman d’Egypte dont les ambitions d’indépendance ont le soutien de la France, alors que la Grande Bretagne y est opposée.
Ces considérations de haute politique expliquent pourquoi les appels de la communauté juive restèrent sans réponse en France, alors qu’en Grande-Bretagne, ils furent aussitôt suivis d’effet. Le 22 juin, Lord Palmerston, alors ministre des Affaires étrangères, informa le parlement britannique qu’il avait averti Mohammed Ali Pasha des graves conséquences que son « traitement barbare » des juifs de Damas ne manquerait pas d’avoir en Europe. [...]. D’autres pays européens et les Etats-Unis s’alignèrent sur la position de la Grande-Bretagne. Lors d’une réunion de notabilités juives convoquée à Londres « et à laquelle assista Adolphe Crémieux, il fut décidé d’envoyer au Moyen-Orient une délégation compsée d’Adolphe Crémieux, de l’orientaliste Salomon Munk, et de Sir Moses Montefiori [...]. Mohammed ordonne la remise en liberté des prisonniers juifs. 182
Epidémie de meurtres rituels 183
Les accusations de meurtres rituels naissent presque toujours en milieu chrétien et furent souvent reprises et amplifiées par al presse chrétienne ; les diplomates, grecs et français en particulier, apportèrent souvent leur concours ; les juifs purent en général compter sur la bienveillance des autorités ottomanes. Les communautés juives menacées purent faire appel à la sympathie et au soutien actif des représentants diplomatiques de la Grande-Bretagne.
La France et la Russie avaient établi un protectorat virtuel, l’une sur les catholiques, l’autre sur les chrétiens orthodoxes de l’Empire ottoman. 184
Grande-Bretagne : la population protestante ottomane était insignifiante et ne demandait pas de protection. Du coup, la Grande-Bretagne se charge de protéger les juifs. En 1840, Lord Shaftesbury, favorable aux juifs, suggéra la création d’un foyer national juif en Palestine. Lord Palmerston l’écouta avec attention et émit à son tour le vœu de voir al Grande-Bretagne devenir, par l’intermédiaire de son vice consulat établi à Jérusalem deux ans plus tôt, la protectrice des intérêts juifs, au moins en Palestine. 186
Il faut croire que les juifs de Palestine représentaient un enjeu politique important puisque même le Tsar leur offrit une protection qu’il ne daignait pas accorder à ses propres sujets juifs.
Les chiffres de ces notes de lectures renvoient à la pagination des deux livres : Sémites et antisémites, traduit de l’anglais par Jacqueline Carnaud et Jacqueline Lahana, Fayard, 1987, et Juifs en terre d’islam, traduit de l’anglais par Jacqueline Garaud, Flammarion, 1986

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