L’Observatoire des religions

Le sabbat et la guerre

lundi 3 septembre 2007 par Philippe Simonnot

Le respect du sabbat est-il oui ou non compatible avec une « défense nationale » ?
Le problème militaire du sabbat pose la question des conditions de possibilité d’un Etat pour un peuple–prêtre comme le peuple juif de l’Antiquité, ou une cité-temple, telle Jérusalem avant 70, vivant de dîmes et de dons, c’est-à-dire de contributions volontaires.
Dans la mémoire juive liée à l’époque des Juges, il y a cet idéal anarchique, « anétatique » où chacun fait ce qui lui plaît, où la royauté, symbole d’un Etat constitué, est perçue avec horreur. L’impôt n’est-il pas signe d’esclavage à cette époque ? La corvée militaire ne fait-elle pas l’objet de la même répugnance ? Cette question est si importante pour nous et elle est, du reste, si méconnue [1] que nous allons lui consacrer de longs développements. Le fait qu’elle soit posée dans les Livres des Maccabées (qui ne font pas partie du canon juif) explique peut-être la censure dont ils font l’objet. Mais ces livres ne sont pas les seuls, nous allons vite nous en rendre compte, à traiter du sujet.
Revenons au premier Livre des Maccabées où le problème est clairement exposé :
« Nombre de gens soucieux de justice et de Loi descendirent au désert pour s’y fixer, eux, leurs enfants, leurs femmes et leur bétail, parce que le malheur s’était appesanti sur eux. On annonça aux officiers royaux et aux forces en résidence à Jérusalem, dans la Cité de David, que des gens qui avaient rejeté l’ordonnance du roi [Antiochos IV] étaient descendus vers des retraites cachées du désert. Une forte troupe se mit à leur poursuite et les atteignit. Ayant dressé son camp en face d’eux, elle se disposait à les attaquer le jour du sabbat et leur dit : « En voilà assez ! Sortez, obéissez à l’ordre du roi, et vous aurez la vie sauve. » - « Nous ne sortirons pas, dirent les autres, et nous n’observerons pas l’ordre donné par le roi de violer le jour du sabbat. » Assaillis sans retard, ils s’abstinrent de riposter, de lancer des pierres, de barricader leurs cachettes. « Mourons tous dans notre droiture, déclaraient-ils : le ciel et la terre sont pour nous témoins que vous nous faites périr injustement ». La troupe leur donna l’assaut en plein sabbat et ils succombèrent eux, leurs femmes et leurs enfants et leur bétail, au nombre d’un millier de personnes.
« Lorsqu’ils l’apprirent, Mattathias [chef des Macchabées] et ses amis les pleurèrent amèrement et se dirent les uns aux autres : « Si nous faisons tous comme ont fait nos frères, si nous ne luttons pas contre les nations pour notre vie et nos observances, ils nous auront vite exterminés de la terre. » Ce jour-là même, ils prirent cette décision : « Tout homme qui viendrait nous attaquer le jour du sabbat, combattons-le en face, et ainsi nous ne mourrons pas tous comme nos frères sont morts dans les cachettes. »
La décision de Mattathias d’autoriser la défense armée le jour du sabbat fait « jurisprudence », si l’on peut dire, puisque sa « doctrine » est reprise par l’un de ses successeurs, Jonathan, lui aussi confronté à un général séleucide, Bacchidès, qui cherche à profiter de l’opportunité du sabbat : « Bacchidès [...] vint le jour du sabbat jusqu’aux berges du Jourdain avec une nombreuse armée. Alors Jonathan dit à ses gens : « Debout ! Luttons pour nos vies, car aujourd’hui ce n’est pas comme hier et avant-hier » [2]
Ces pages sont extraites du prochain livre de Philippe Simonnot sur l’économie du monothéisme. A paraître chez Denoël. Les commentaires sont d’autant plus attendus que des corrections sont encore possibles.

[1] On peut même dire qu’elle est oblitérée depuis la création en 1948 de l’Etat d’Israël, dont l’armée va bientôt s’illustrer sur les champs de bataille, changeant totalement l’image séculaire du juif répugnant à se battre, voire supposé indigne de porter les armes.

[2] 1 Macchabées 9, 43-44.


Accueil du site | Contact | Plan du site | En résumé | Espace privé | Statistiques | visites : 274675