L’Observatoire des religions

"Les évêques américains ont considéré la pédophilie comme un péché alors qu’elle est un crime", confesse un cardinal

"Le péché s’absout. Un crime relève de la justice"

vendredi 24 août 2007 par Olivier Le Gendre

Olivier Le Gendre, auteur de « Confession d’un cardinal » (JC Lattès, octobre 2007), a déjà publié plusieurs livres religieux aux éditions Anne Sigier et Desclée de Bower. Grand connaisseur des milieux chrétiens, il y exerce de nombreuses responsabilités. Le cardinal qui s’exprime ici sous le sceau de l’anonymat n’a pas participé au Concile à cause de la limite d’âge. Il a été envoyé aux Etats-Unis par Jean-Paul II pour faire un rapport sur le scandale des prêtres catholiques pédophiles. On lira ci-dessous les « bonnes feuilles » de cette « confession ».
"Après ces drames, conclut le cardinal, il est impossible aux évêques américains de faire valoir l’argument selon lequel la société moderne serait responsable de la désacralisation et du désenchantement du monde. Leur attitude a accru ce désenchantement et provoqué un peu plus de désacralisation"

— Vous semblez avoir vécu durement cette situation…
— J’aurais aimé ne pas avoir à assumer cette mission, mais le Saint-Père savait ce qu’il faisait en me la confiant. [...]. Je ne sus le lui refuser, même si je savais que je ne sortirais pas indemne de cette confrontation au malheur des gens. Même si je pressentais vaguement que ce que j’allais découvrir allait changer en profondeur mon regard sur la manière dont notre Église devrait fonctionner.
— Que voulez-vous dire ?
— Nous autres, dirigeants de l’Église, en dépit de tous nos efforts et de notre bonne volonté qui est grande, nous sommes éloignés de la réalité. Elle nous apparaît à travers les filtres des rapports. Nous ressentons cet éloignement, et nous nous inquiétons de n’avoir plus de prise sur cette réalité. [...]. Nous sommes l’objet de marques de respect, nous sommes en vue, nous n’avons pas de crainte pour nos fins de mois. Nous ne saurons jamais ce que c’est que de pleurer un enfant mort. Nous aimons bien sûr, mais à distance, sans que cela, le plus souvent, parvienne à nous troubler. Nous prions pour les victimes de catastrophes mais la plupart d’entre nous ne sont jamais allés partager la vie de ceux qui vont travailler sans relâche, jour et nuit, pour tenter de trouver un ultime survivant sous les décombres d’un tremblement de terre ou dans une poche d’air improbable au milieu d’un torrent de boue qui a ravagé une contrée entière.
— Vous jugez dangereux cette distance qui sépare les responsables de l’Église du terrain où vivent les fidèles ?
— Oh combien ! Cette distance est dangereuse. Le fait que nous l’ignorons ou le nions est plus dangereux encore. Nous faisons vraiment de notre mieux, essayons d’entendre le maximum d’opinions, consultons, prions, prenons le temps… Tout cela ne suffit pas et ne remplace pas la vie réelle, le partage du travail et de la peine des hommes, la connaissance des millions de petites histoires qui font que l’existence est ce qu’elle est. Nous croyons bien faire, honnêtement, mais nous ignorons que nous sommes loin de la vie.
[...]. Je crois que dans de nombreux cas, la base, comme on l’appelle, a une vision plus sensée des situations et des solutions. Je crois que ceux qui gouvernent ont moins de probabilités de prendre les bonnes décisions.


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