L’Observatoire des religions

L’esclavage à travers les âges

dimanche 22 juillet 2007

Contrairement à ce qu’indique son titre, le livre d’Yves Benot est une histoire économique de l’esclavage depuis la plus haute Antiquité, et l’on ne peut que féliciter l’auteur de s’être lancé dans cette aventure peu courue. C’est dire que le sous-titre de l’ouvrage correspond encore moins au contenu du livre, pour dire les choses de la manière la moins désagréable. Il pourrait s’agir d’un « essai sur la servitude au cœur du capitalisme » seulement si l’auteur faisait remonter le capitalisme à des temps très anciens, ce qui n’est certainement pas le cas. Peut-être faut-il imputer ce dol à la manie des éditeurs de « survendre » leur marchandise.
Dol bénin, mais d’autant plus regrettable que l’un des mérites du livre est de faire ressortir que l’esclavage en tant que système est historiquement exceptionnel, l’exemple le plus connu étant l’Antiquité gréco-romaine. Yves Benot reprend à son compte et ratifie l’affirmation d’un auteur de la fin du XIX siècle, Charles Letourneau : « L’esclavage n’était pas une institution nécessaire » [1] . Pas plus que les cathédrales gothiques, les pyramides d’Egypte n’ont été construites à l’aide d’une main d’œuvre servile. Les corvées suffisaient à fournir le travail nécessaire. Benot prend d’ailleurs la précaution de définir l’esclavage (la propriété d’un homme par un autre homme) - ce qui l’autorise de se démarquer de Marx pour qui le salariat était une forme atténuée de l’esclavage - une thèse qu’il juge, peut-être un peu trop vite, « irrecevable ».
Les meilleures pages du livre concernent le fonctionnement économique de l’esclavage chez les Grecs et les Romains, la manière dont il a été pensé, sa persistance dans le Moyen Age chrétien et même à la Renaissance. Il raconte aussi l’histoire, encore moins connue des révoltes d’esclaves.
Sans le dire, Yves Benot reprend, en fait, la thèse d’Adam Smith pour qui l’esclave était moins rentable que le travailleur libre, mais que malgré tout certains maîtres y recouraient pour satisfaire leur « appétit de pouvoir », selon reprendre l’expression de l’auteur - cet appétit s’exerçant aussi sur le plan sexuel.
Yves Benot, La modernité de l’esclavage, essai sur la servitude au cœur du capitalisme. La Découverte, 289 p.

[1] Charles Letourneau, L’Evolution de l’esclavage selon les diverses races, Vigot frères, Paris, 1897, p. 192


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