L’Observatoire des religions
Bossuet

Sermon sur le mauvais riche

De l’impossibilité de justifier la redistibution

mardi 17 juillet 2007

Par les temps qui courent on peut lire ou relire avec profit le Sermon sur le mauvais riche, que Bossuet prononça au carême du Louvre le 5 mars 1662 devant le roi et sa cour.
Les grands de ce monde, au siècle de Louis XIV, étaient obligés régulièrement d’assister et de s’exposer au spectacle public de leurs propres turpitudes, si d’aventure ils s’y risquaient. Comme le texte de ce sermon, d’une actualité remarquable, est introuvable en librairie, et que l’on ne prononce plus de sermons dignes de ce nom, il y a peu de chances aujourdhui pour que les riches apprennent que les pauvres, "honteux de leur misère", meurent de faim à cause de cela même.
"Oui, Messieurs, tonne Bossuet, ils meurent de faim dans vos terres, dans vos châteaux, dans les villes, dans les campagnes, à la porte et aux environs de vos hôtels."
Aux "mondains", aux "grands hommes d’affaires et d’intrigues", "qui sont de tous les secrets", il ne serait pourtant pas inutile que soit publiquement rappelé que la dureté des riches est criminelle, qu’elle vole sans dérober, qu’elle égorge sans verser le sang.
Les hommes du monde devraient aussi savoir que la mort "n’est autre chose, sinon une vie qui s’achève", et qu’à sa manière qui est brusque elle fixe l’état d’âme du défunt pour l’éternité. Le cruel aujourd’hui étant fort peu métaphysique, l’éloquence de l’Aigle de Meaux, de "l’aigle des mots", pour splendide qu’elle se laisse encore entendre, aurait fort peu de chances de toucher qui que ce soit, sauf peut-être sur un point du reste fort délicat de l’analyse économique - et de grandes conséquences -, à savoir l’application au revenu de la loi de l’utilité marginale décroissante.
C’est peut-être à Daniel Bernoulli (1700-1782) que l’on doit la première théorie mathématique selon laquelle l’accroissement de bien-être diminue lorsque augmente la richesse totale d’un individu. Cette théorie devait avoir des suites fort concrètes, puisqu’elle servit notamment à fonder la progressivité de l’impôt sur le revenu : pour que les sacrifices fussent égaux, ne fallait-il pas prendre davantage aux riches qu’aux pauvres ? A partir de là, on pouvait même prétendre "scientifiquement" que prélever sur les riches pour donner aux pauvres augmenterait le bien-être global, puisque, du fait même des utilités décroissantes, le "moins-être" des riches était plus que compensé par le "mieux-être" des pauvres. Bref, la théorie de Bernoulli serait le point de départ de l’immense littérature savante qui aboutit à l’Etat-providence.
L’imposante construction repose implicitement sur le postulat de la validité des comparaisons interpersonnelles des utilités, pont aux ânes des étudiants de sciences économiques. Rien, a priori, ne permettait à Bernoulli de dire, comme il le fait, que, pour un homme dont le revenu est de 5 000 ducats, un ducat ne compte pas plus qu’un demi-ducat pour un homme dont le revenu est de 2 500 ducats. Mais il a fallu plus de deux siècles et des fleuves d’encre pour que cette erreur soit communément admise. Et encore !
A noter l’inexistence et l’impossibilité d’une loi de diminution de l’utilité marginale pour le revenu

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