L’Observatoire des religions

L’Europe et la reconnaissance des valeurs de la liberté économique. 1 Concurrence institutionnelle et reconnaissance des valeurs de la liberté en Europe

jeudi 5 juillet 2007 par François Facchini

1.1 La fragmentation politique de l’Europe et la reconnaissance de la liberté économique

Paul Kennedy (1988, 1991) dans son ouvrage Naissance et déclin des grandes puissances et Jean Baechler (1995) dans son livre Le capitalisme montrent que le grand non événement qui a dominé le destin de l’Europe fut l’absence d’un empire hégémonique.

Pour Baechler (1995, p.376) l’extension constante du marché, en étendue et en intensité, est issue de l’absence d’un ordre politique étendu à l’ensemble de l’Europe occidentale. Cette absence de pouvoir politique unique aurait empêché tout contrôle sur le commerce international. L’absence d’autorité suprême comparable à l’autorité instituée dans les empires chinois (Ming), indiens (Grand Mongol), Ottoman ou Japonais (Tokugawa) et l’existence de rivalités et de conflits entre les divers royaumes et cités-Etats expliquent le développement économique de l’Europe. La centralisation politique explique a contrario le déclin des grands empires. La petite taille des Etats a stimulé la recherche d’améliorations militaires, l’interaction fructueuse entre les innovations technologiques et commerciales et l’esprit d’entreprise. C’est parce qu’il fallait financer la guerre que les royautés d’Europe était obligée de protéger l’activité commerciale des villes. L’impôt rendait nécessaire un accord avec les marchands.

D.C. North (1994, p.387) partage cette thèse lorsqu’il affirme que c’est l’absence d’ordre politique et économique de grande taille qui crée un environnement hospitalier pour le développement économico-politique. C’est l’absence d’une entité territoriale impériale qui a créé les conditions d’un environnement favorable à la croissance économique et in fine à la liberté économique. La concurrence suppose la diversité des options et leur coexistence. Elle accroît la possibilité de trouver l’option institutionnelle qui sied au développement économique et aux attentes des agents. Le monopole ou le contrôle politique centralisé limite, au contraire, les options, les alternatives qui pourraient être expérimentées et la possibilité de trouver les bonnes règles (North 1998, p.22). L’Europe a donc inventé le capitalisme parce qu’elle était fragmentée et qu’une intense concurrence politique opposait les villes, les princes ou les Etats nations.


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