L’Observatoire des religions

Islam et développement économique

mardi 3 juillet 2007 par François Facchini

La relation entre l’islam comme religion et le développement économique est une question difficile qui divise de nombreux auteurs de sciences sociales.

Le sujet est difficile, car l’aire musulmane n’est pas une unité homogène. Elle est un espace de civilisation (l’Islam) et une religion (l’islam). Un espace de civilisation est un lieu où des hommes ont adopté des modes de pensée et de comportement semblables. Cet espace est multiple, car chaque extension territoriale a donné lieu à des formes de syncrétismes originales qui ont développé des croyances et une culture singulières par rapport à la civilisation arabe d’origine. Chaque pratique de l’islam correspond alors en toute rigueur à un type de comportement. Le thème de l’islam et du développement divise parce qu’il est souvent associé à une littérature colonialiste ancienne qui ne partage pas un certain nombre de valeurs modernes comme le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes et/ou le refus de hiérarchiser les civilisations. La crainte de donner à l’aire chrétienne ou occidentale une supériorité conduit à ne pas vouloir s’interroger sur les effets de l’islam sur le développement économique. Pour écarter ces craintes il est important de bien distinguer ce qui relève de la morale de ce qui relève de la relation de causalité. Que l’islam soit ou non un frein au développement économique n’a aucune conséquence sur sa capacité à dire le bien et le mal ou à avoir été un instrument de civilisation. La richesse n’est pas un bien en tant que tel. Un pays peut être riche et ses membres se comporter d’une manière immorale. L’islam peut être un facteur de progrès moral sans être à l’origine de progrès économiques. Pourvu qu’on s’efforce de bien distinguer la dimension morale de la dimension économique, il n’y a aucune crainte à traiter de l’islam comme un facteur de développement ou de sous-développement.

Ces deux remarques faites, cet article est obligé de partir du constat du sous-développement de l’aire arabo-musulmane. Il essaie d’expliquer ce sous-développement par le modèle de gouvernement que les pays qui l’a compose ont choisi. Il se situe sur la ligne tracée par Timor Kuran (2004) et soutient que le sous-développement de l’aire musulmane et du Moyen orient en particulier s’explique par une défaillance institutionnelle qui trouve ses origines dans le développement historique de la civilisation islamique. Ce qui veut dire que l’obstacle culturel au développement existe, mais qu’il n’est pas insurmontable. Un changement de situation dépend du travail des « entrepreneurs idéologiques » au sens de North et Denzau (1994) .
Cette explication écarte le déterminisme géographique (Diamond 1997, 2000). Son originalité, par rapport aux travaux de Kuran, est d’articuler l’explication proposée par Baumol (1990) du déclin des empires chinois et romain à une théorie culturaliste. Les empires arabe et ottoman ont décliné parce qu’ils possédaient un modèle de gouvernement qui sur-valorisait la rente improductive par rapport au profit.
Le sous-développement actuel de l’aire musulmane s’explique de même par l’existence de régimes politiques qui sont favorables à l’activité des « entrepreneurs politiques » (prédateurs). Or, il est probable que l’islam prédispose à ce type de gouvernement. La religion n’a pas d’effets directs sur les comportements, mais agit sur le système institutionnel de gouvernance. La thèse de l’article est que l’islam comme projet politique prédispose à la mise en place de régimes autoritaires, préférant le contrôle politique des ressources à la libre entreprise.

L’article s’organise autour de trois parties. La première décrit succinctement l’aire musulmane, son niveau de développement et l’évolution récente des taux de croissance des pays de la Ligue arabe et de l’Iran. La deuxième explique pourquoi le déterminisme géographique est écarté et comment il est possible d’articuler les théories institutionnalistes du déclin aux théories faisant une place aux facteurs culturels. La troisième section applique la théorie des fondements religieux des défaillances de gouvernance aux pays musulmans.


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