L’Observatoire des religions
Un vieil anarchiste de droite fidèle à Marx

Claude Lévi-Strauss

samedi 30 juin 2007 par Philippe Simonnot

« Au fond je suis un vieil anarchiste de droite…fidèle à Marx », nous a-t-il confié lors d’un entretien en 1986 pour un hebdomadaire parisien. Cette déclaration surprenante, il l’a faite sur un ton tranquille, avec à peine un sourire sur ses lèvres minces, le regard, par contre, pétillant et malicieux. Comme s’il mesurait le chemin parcouru depuis ses années gauchistes de jeune bourgeois.
Claude Lévy-Strauss a failli faire une carrière politique. A la fin de ses années de lycée, il avait rencontré un jeune socialiste belge qui l’avait initié à la littérature de son parti, et bien sûr au Capital de Marx. Ainsi était-il devenu, selon son propre aveu, une sorte de « pupille » du Parti ouvrier belge, promené de coopérative en coopérative, et de maison du peuple en maison du peuple. A la même époque il avait adhéré à la S.F.I.O. Monté en grande dans les rangs du parti français, il était bientôt chargé d’animer le Groupe d’Etudes Socialistes, puis il avait assumé le rôle de Secrétaire Général des Etudiants socialistes.
Ensuite, il part pour le Brésil en 1935 avec le sentiment « un peu ridicule » de représenter la France, et non tel ou tel parti. Quand il rentre, le Front populaire a gagné les élections. Il rejoint sa vieille 16e section, celle du XVI° arrondissement parisien où il avait résidé depuis son enfance. Quand il l’avait quittée, elle était composée d’une ou deux douzaines de militants purs et durs : ouvriers, employés, fonctionnaires des PTT. ; il se retrouve maintenant en compagnie de quelque 200 à 300 camarades du beau monde, attirés par le pouvoir. Il en en est tout refroidi – ce qui n’est pas peu dire quand on connaît le personnage. En fait, il est tout entier « mangé » par son travail théorique, n’écrivant pas une seule ligne qui ne soit fondée en raison à ses yeux ; alors que le jugement politique lui paraît viscéral, à fleur de peau, en contradiction avec cette hygiène mentale. Mais ce qui lui fait abandonner définitivement toute activité politique, c’est le souvenir son activité militante des pacifistes. Réfugié aux Etats-Unis après la débâcle de juin 1940, il se rend compte qu’il s’est trompé lourdement, et il décide que lorsque l’on n’a pas la tête politique on ne se mêle pas de donner des leçons aux autres.

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