L’Observatoire des religions
Un livre de Olivier Cullin

Laborintus, Essais sur la musique au Moyen-Age

Fayard, 192 p, 18 euro.

vendredi 29 juin 2007

Pourquoi a-t-on commencé à noter les mélodies grégoriennes à partir du IX° siècle ? S’agissait-il de fournir un aide-mémoire aux chantres ? Dans Laborintus, Olivier Cullin remet en cause l’explication traditionnelle de ce phénomène.
Pour O. Cullin, les notes sont comme des images. Il en veut pour preuve que les graphies qui sont inscrites sur les manuscrits sont postérieures au répertoire qu’elles contiennent. Il ne s’agirait donc pas d’une partition musicale au sens où nous l’entendons, mais du support d’« une forme de médiation et de méditation solitaire que la pratique du chant ne requiert pas ». On pourrait aller jusqu’à parler d’icône puisque le chant grégorien n’est que l’amplification de la Parole Révélée. D’essence divine, elle ne pourrait être représentée autrement.
Du reste, comme le rappelle Olivier Cullin, le rôle de la mémoire dans la pratique musicale était encore fondamental aux XII° et XIII°s. En s’appuyant sur une rythmique forte, les chantres de cette époque à Notre-Dame de Paris pouvaient interpréter de mémoire les grands chants à 3 ou 4 voix en se fiant à une tradition transmise oralement. Entre écriture et pratique polyphonique, il n’y aurait pas de liens de nécessité. .
Est également intéressant l’éclairage porté par l’auteur sur l’essence du motet, constitué de mélodies superposées comportant chacune un texte différent, parfois l’un en latin, l’autre en langue vernaculaire. L’art musical est ainsi relié à la dialectique, et notamment à la pratique universitaire de la disputatio. Ces jeux de construction constituaient de véritables labyrinthes pour une élite sociale fort cultivée.
M. Cullin nous conduit enfin en Avignon au XIV°s pour nous proposer, notamment, une nouvelle interprétation de la décrétale Docta sanctorum, rédigée par le pape en 1324. Il en ressort que le Vicaire du Christ, dénonçant les pratiques musicales de son époque, rappelle que pour la louange divine, le chant doit être une mélodie distincte et pure. Ce texte difficile, loin de s’attaquer aux innovations musicales de l’époque, rappelle que le son ne doit pas obscurcir le sens. Il est vrai que les papes avignonnais se servaient du luxe musical et attiraient dans leur chapelle les plus grands « orfèvres » de l’art polyphonique, affichant grâce à eux leur puissance. Une fois encore la musique s’est faite image – image du pouvoir.

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