L’Observatoire des religions
"L’esprit juif infecta dès l’origine le christianisme"

Jésus selon Proudhon

de Gérard Bessière, Cerf, Histoire, 484 pages, 47€

dimanche 24 juin 2007

Toute sa vie, on ne le sait pas assez, Proudhon a été hanté par Jésus. Et c’est le grand mérite de Gérard Bessière, prêtre et spécialiste de l’œuvre proudhonienne de nous le montrer à grands renforts de documents oubliés ou introuvables. Dès 1839, alors qu’il a trente ans, Proudhon annote les épreuves de la Bible qu’il corrige pour le compte d’un imprimeur à Besançon. Il continuera à y déposer des remarques jusqu’à ses derniers jours. De son propre aveu, ses vrais maîtres furent « la Bible d’abord, Adam Smith ensuite, et enfin Hegel ».
Il est intéressant de relire ces textes aujourd’hui qui montrent bien l’esprit d’une époque où l’antisémitisme pouvait se manifester librement dans tous les rangs de la société et de la classe politique. Ce n’est pas seulement la droite au 19e siècle qui voulait déjudaïser le christianisme, mais bien ce pur représentant de l’anarchisme libertaire.
Il est curieux, du reste, que Proudhon n’ait pas souligné le côté anarchiste de maints passages de la Bible, et notamment du Livre des Juges.
Tout à sa haine du prophétisme, il écrit : « S’il est possible d’adresser au Christ un reproche, c’est de s’être porté comme continuateur des prophètes, au lieu de dégager son enseignement de toutes ces vaines déclamations. Les menaces ou anathèmes contre le Temple de Jérusalem [...] sont des restes de l’esprit juif, esprit qui infecta dès l’origine la nouvelle religion » [1].
« Il était inévitable, continue-t-il, qu’à cette époque une réforme sociale s’accomplît : mais l’accident qui l’a fait naître en Palestine plutôt qu’ailleurs n’eut rien de nécessaire et encore moins de providentiel et ce serait une question curieuse que celle-ci : quelle eût été la destinée de la société si la réforme catholique, au lieu de partir de Judée, eût pris naissance à Rome, à Marseille, à Athènes ou chez les Barbares ? » [2]
Et de rêver sur ce qu’eût été le christianisme « portant un autre nom », si le peuple juif se fût assimilé aux autres nations : « Il n’y a pas de doute que dans tout cela le peuple juif fit une œuvre patriotique : reste à savoir s’il n’eût pas mieux valu, au point de vue de la justice universelle et du bonheur de l’humanité, que la race juive s’absorbât parmi les nations,, et que le nom de Jéhovah pérît tout entier. Nous n’aurions pas eu le Christianisme, ou du moins le Christianisme, portant un autre nom, d’autres symboles, eût été tout autre ». [3]

[1] Bessière, op. cit. p. 52

[2] Bessière, op. cit. p. 53

[3] Ibid


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