L’Observatoire des religions
Un livre d’Abdelwahab Boudhiba

La sexualité en islam

Presses Universitaires de France, 1979

dimanche 24 juin 2007

Professeur de sociologie à l’Université de Tunis, Agrégé de Philosophie et Docteur ès Lettres, Abdelwahab Bouhdiba est né en 1932 à Kairouan. A partir de 1995, il préside l’Académie tunisienne des Sciences, des Lettres et des Arts "Beït AI Hikma " à Carthage. Son ouvrage le plus connu est La Sexualité en Islam, traduit en anglais, arabe, bosniaque, espagnol, japonais et portugais. Edité pour la première fois en 1979, il a été réédité plusieurs fois.
Y a-t-il donc eu « ruine progressive de l’éthique mohammedienne de la tendresse conjugale ? » demande le sociologue tunbisien [1].
La ségrégation sexuelle est organisée dans le détail. La barbe, « symbole de virilité », jouit d’une « place toute privilégiée ». Elle est en elle-même une « masculinité ». « Aussi y a-t-il un port canonique de la barbe » [2]. Le Prophète lui-même se la peignait chaque jour « quarante fois par-dessus et quarante fois par-dessous ». Un dire de Mahomet « lie l’ampleur de la barbe à celle de la raison » [3]. L’islam manifeste un « fétichisme indéniable du poil dont la signification est à la fois religieuse et sexuelle » [4].
En revanche, le voile fait passer la musulmane dans « l’anonymat le plus total ». « Etre musulmane, c’est vivre incognito. Et pour en être sûr, la société arabe n’a plus qu’à séquestrer la gente féminine » [5], le voile de pierre et de ciment venant redoubler le voile de coton ou de laine. Voile aussi pour la voix, qui peut être cause de trouble. Frappez à la porte d’une maison. S’il n’y a personne d’autre que la femme pour demander qui est là, la femme « se contentera de claquer des mains » [6].
Voilée, la tête, mais épilée son sexe. « Une femme qui exhibe son sexe non rasé à un homme commet à son encontre une injure grave, et passe pour lui jeter un mauvais œil particulièrement dangereux » [7]. « Dans une société qui règle, qui codifie dans les moindres détails le regard » [8], comment n’être pas voyeur ? Boudhiba le dit lui-même « la jouissance est oculaire » [9]. La frayeur l’est-elle aussi ? Le sexe de la femme est assimilé à une « barathra », un trou mortel où copulent Eros et Thanatos. Il faut donc l’exciser, une opéraytion qui « très souvent malgré les prescriptions coraniques, est une clitoridectomie pure et simple » [10].
L’homosexualité est condamnée par le Coran [11]. Ce qui est cohérent avec une hétérosexualité qui, on l’a dit plus haut, manifeste l’harmonie de l’ordre divin (comme dans la Bible). Mais selon Boudhiba, la ségrégation des sexes l’encourage : « Il est difficile à ceux qui ne l’ont pas vécue d’imaginer ce que peut être la vie soumise à une stricte séparation des sexes [12]. Ce n’est pas pour rien que dans l’ars erotica arabe deux traits sont restés « permanents » : « une croupe arrondie et bien tendue et un sexe volumineux et bien apparent » [13]. Ainsi, explique le sociologue, « la fesse chez les deux sexes est l’objet d’une activité sodomite indiscutable » [14]. « Les Arabes ont de tout temps aimé à la folie les croupes tout autant chez les femmes que chez les hommes, et les poètes, de la période anté-islamique à nos jours, se sont évertués à en chanter la souplesse, la proéminence, la rondeur » [15]. La gestuelle de la prière musulmane donnerait elle-même à penser : « le langage vulgaire assimile [...] volontiers prière et coït à cause justement de cette prosternation ». Pour Boudhiba, il se serait développé non seulement « une affection particulière portée à la fesse », mais aussi « toute une psychologie sociale de la fesse » (sic !) [16]. Sans qu’apparaisse pour autant l’ »antinomie du garçon » qui, selon Michel Foucault, embarrassait tellement les Grecs [17]. Pourtant nous ne sommes pas tellement éloignés de l’érotique hellène où l’anus est mis à égalité avec le vagin du point de vue, au moins, du statut social de la personne pénétrée.
D’autant que l’orifice en question fait l’objet de règles d’hygiène très strictes, l’ « instijâ », comparable à la « bedika » juive [18] : « On utilise la main gauche. On doit se rendre aussi souple que possible. On soulève le doigt majeur de manière à ce qu’il soit légèrement pousssé en avant par rapport aux autres doigts et on lave l’endroit [de l’anus] ainsi touché. On soulève ensuite l’annulaire et on lave l’endroit touché. Puis on recommence avec l’auriculaire. On lave jusqu’à ce qu’on atteint la certitude d’être parvenu à une pureté certaine ou probable » [19]. La tradition le dit bien : « Le Prophète nous a tout appris, jusqu’à la manière de déféquer » [20].

[1] p. 260

[2] p. 47

[3] p. 48

[4] p. 49

[5] p. 50

[6] p. 53

[7] p. 250

[8] p. 251

[9] p. 83

[10] p. 73

[11] 27, 54 ; 7, 80-84

[12] Boudhiba op. cit. p. 144

[13] p. 173

[14] p. 47

[15] Salaheddine al Munajid, Jamâl al mar’ati ‘inda al arab, p. 71

[16] Ibid.

[17] Cf. la chasteté grecque

[18] cf. L’impératif démographique

[19] Fatâwa Hindya, t1, p. 47-48

[20] Ghazali, In’ ya ‘uul ‘ulum al-dîn, t1, p. 22. Abou Hamid Mohammed ibn Mohammed al-Ghazali (1058-1111), autrefois connu en Occident sous le nom de Algazel est un penseur musulman d’origine persane


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