L’Observatoire des religions
Père, Fils et Saint Esprit

L’hérésie arienne

Trinité et messianisme

jeudi 21 juin 2007

Le Père, le Fils et le Saint-Esprit, autrement dit la Trinité, met au cœur de la foi chrétienne la question de la paternité du Père et de la filiation du Fils. Au-delà c’est le messianisme qui est en cause. Mais d’abord aussi nos propres identités.
Sommes-nous les pères de nos fils et les fils de nos pères ? Depuis que l’homme a conscience d’être pour quelque chose dans cette histoire de femmes qu’est la mise au monde d’un être humain [1], conscience relativement récente à l’échelle des millénaires, il n’a cesse de se poser la question, en dépit de toutes les précautions qu’il a prises pour s’assurer de sa paternité ou de sa filiation, jusqu’à revendiquer un rôle essentiel voire unique dans le processus de procréation, jusqu’à exiger la virginité des filles à marier et la lapidation des femmes adultères.
Inquiétude au demeurant justifiée. La maternité est certaine, la paternité est douteuse. L’un de mes proches est mort à 55 ans d’un cancer, laissant une veuve et trois enfants. Les analyses de son sang furent remises par l’hôpital à son père, alors âgé de 80 ans. Fatal scrupule de la bureaucratie ! Au crépuscule de sa propre existence, le vieillard apprend qu’il n’est pas le père de son fils, que ses petits-enfants portent indûment son patronyme, que pendant 55 ans son épouse lui a caché la vérité. Brandissant le document clinique, il lui apporte la preuve par neuf d’une infidélité plus que cinquantenaire. La vieille continue à nier l’évidence. Depuis, ils ne se parlent plus.
Pères, mes frères en cocuage, reconsidérez votre progéniture d’un œil que n’aveugle pas le sentiment paternel. Dans un cas sur cinq, vous avez devant vous la manifestation vivante de votre infortune si l’on en croit une enquête sur les groupes sanguins des écoliers d’une grande ville française, révélant que 20% des enfants sont adultérins [2]
Quelle importance ! dira-t-on pour vous consoler. C’est pure illusion de chercher à se reproduire dans ses enfants par le sexe. La nature a fait de la procréation une loterie où l’aléa règne en maître. Dans l’ovule que d’aventure l’un de vos innombrables spermatozoïdes rencontre, s’opère une division des chromosomes qui permet au total huit millions de combinaisons possibles. Comme la même combinatoire se produit dans le spermatozoïde élu par le hasard de la fécondation, l’enfant, alors conçu, est l’une de ces 64 (8 x 8) millions de combinaisons. Il n’est certes pas impossible que votre fils ou votre fille vous ressemble. Pour vos petits-enfants, ce serait exceptionnel. A la quatrième génération, votre image aura toutes chances d’être effacée comme si elle avait été dessinée d’un doigt distrait sur le sable de la mer.
Au reste, les progrès de la science laissent dès aujourd’hui [3] entrevoir que le patriarcat n’aura été qu’une parenthèse relativement brève dans l’histoire de l’humanité. La multiplication par insémination artificielle d’enfants sans « père biologique » connu ou reconnu ramène la « civilisation » à l’aube des temps les plus reculés où le « père » n’était pas le géniteur. Même on peut maintenant imaginer que deux femmes s’aimant d’amour tendre puissent faire des enfants sans l’aide d’aucun mâle. Il suffirait pour cela de féconder l’ovule de l’une avec le noyau d’un ovule de l’autre, et de placer l’embryon ainsi formé dans l’utérus de l’une ou de l’autre. L’enfant aurait deux mères, mais point de père. Ce ne pourrait être qu’une fille, au grand ravissement de ces dames, mais la reproduction de l’espèce humaine n’en serait nullement menacée puisque cette fille avec une autre fille pourrait à son tour engendrer. L’Île de Lesbos deviendrait ainsi le berceau d’une nouvelle humanité où Freud apparaîtrait comme totalement dépassé pour avoir écrit, l’imprudent, l’impudent : « La paternité est plus importante que la maternité bien qu’elle ne soit pas démontrable par le témoignage des sens. C’est pourquoi l’enfant doit porter le nom du père et hériter après lui ».

[1] Quel père aujourd’hui encore ne s’est pas senti exclu, à l’hôpital ou à la clinique, du gynécée que reconstituent autour de l’accouchée belle-mère, belles-sœurs, sages-femmes et infirmières

[2] Enquête citée par Robert Clarke, Les enfants des autres, Stock, 1984, p. 249.

[3] ce manuscrit date du milieu des années 1980


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