L’Observatoire des religions

Comment le christianisme a cru venir à bout de l’interdit judéo-musulman sur les images. Du « divin artiste » à sa neutralisation par le musée. (2)

samedi 7 juillet 2007 par Joseph Babled

La clé qui nous intéresse ici est datée de 726. Cette année-là, l’empereur Léon III décide de détruire l’image du Christ – une mosaïque peinte – ornant la façade de la grande porte de bronze de son palais. Acte public par excellence. La foule, composée surtout de femmes, mais de toutes les classes, s’émeut, tue le fonctionnaire chargé de l’opération et provoque des représailles sanglantes de la part de la police impériale [1] .
Un tiers du siècle plus tôt, le calife Abd al-Malik avait procédé à un audacieux, double étalonnage, monétaire d’une part avec la frappe du dinar-or, appelé à devenir une nouvelle monnaie mondiale, religieux avec la construction d’un Troisième Temple, à savoir le Dôme du Rocher sur l’esplanade du Temple de Jérusalem. Comment la puissance byzantine n’aurait-elle pas été troublée par ce manifestation de force à deux coups ?
Ainsi Léon l’iconoclaste fait-il lui-même l’aveu de sa propre idolâtrie lorsqu’il reproche à l’image du Christ qui orne la porte principale de son palais d’être sans voix et sans souffle – ou du moins avoue-t-il qu’il suppose cette idolâtrie chez son peuple. Et de fait la foule qui assiste à l’iconoclasme confirme ce soupçon par l’émotion qui s’empare d’elle au spectacle de la destruction de ce qui n’est pourtant qu’un peu de peinture sur des morceaux de pierre. Pour réprimer ce fétichisme, l’empereur substitue à la peinture le signe abstrait de la croix, et l’Ecriture, tout aussi abstraite. En quelques mots, tout est dit, y compris l’intronisation du fils qui par son propre nom rappelle la mémoire de Constantin le Grand.
Ce Constantin-là avait remporté la fameuse victoire de Milvius sur son rival Maxence en 312 grâce [2] au signe de la Croix, et non par des images peintes, fussent-elles des représentations du Christ. Le « nouveau » Constantin [3] renoue avec la tradition de l’Ancêtre illustrissime, qui plus est, fondateur de Constantinople. Léon III est d’abord un grand chef militaire dont l’objectif est de vaincre les Arabes qui, une fois encore, s’approchent dangereusement des murs de Byzance, et qui viennent de construire à Jérusalem, à Jérusalem même, sur l’esplanade du Temple, un monument sans image mais avec de l’écriture, proclamant tout à la fois que Mahomet est le Messager de Dieu et que Jésus n’est pas et ne peut être fils de Dieu.

[1] Grabar André (1984), p. 152.

[2] L’ordre de placer le signe de la Croix sur les boucliers de ses soldats apparut à Constantin en songe à la veille de la bataille du Pont Milvius : In Hoc Signo vinceres, par ce signe tu vaincras. D’où les initiales IHS que l’on retrouve brodées sur des chasubles ou gravées sur des hosties.

[3] Il règnera sous le nom de Constantin V.


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