L’Observatoire des religions
Pour « refonder » le contrat social

Un rapport de la "commission Minc" de 1994 proposait déjà la discrimination positive

dimanche 15 juillet 2007

Dans le rapport de la "commission Minc" sur la France en l’an 2000, rapport daté de 1994, le mot « équité » a remplacé l’« égalité » . La nuance n’était pas mince. Restait à définir ce que pourrait être une société « équitable » : y-a-t-il des inégalités acceptables au nom de l’efficacité ; qui les définira et comment les faire accepter ?
Entre autres nouveautés pour l’époque en France, le rapport de la Commission Minc proposait la "discrimination positive" pour corriger les inégalités inacceptables.
Quant au mot de liberté, le corollaire de l’égalité et de la fraternité au fronton des monuments de la République française, il était absent du rapport de la "commission Minc"

Les auteurs du rapport nous font entrevoir, d’autre part, que si l’inégalité favorise la croissance, la croissance en retour rend plus tolérables les inégalités, parce qu’elle offre « des espoirs de progrès individuels » . Le cercle est bouclé. Tolérée, la « bonne » inégalité deviendrait à terme tolérable. Mais encore une fois, qui est en droit de juger l’acceptabilité sinon les intéressés eux seuls.

Le plus curieux toutefois, c’est que le rapport, lorsqu’il essaie d’appliquer le nouveau maître mot à des sujets concrets, retombe dans l’égalitarisme que par ailleurs il fustige. L’exemple de l’éducation est le plus flagrant. Il est étonnant que les auteurs, parmi lesquels figurent des philosophes et des sociologues de renom, aient si peu tenu compte des travaux sur la question. Certes il est reconnu que l’« efficacité de l’école » (décidément il s’agit toujours d’être efficace !) dépend avant tout de la qualité de l’environnement proposé aux élèves : condition de vie des enfants - le logement, la santé -, relation aux autres élèves, vie familiale, enseignants, personnels non enseignants.

Assurément, il est admis que la « stricte application de l’égalité des chances » n’a pas donné les résultats attendus. Mais au lieu de s’interroger sur le principe même, il s’agit de « reconstituer l’égalité des chances » , et cela passe, nous dit-on, par de la « discrimination positive » . Qu’est-ce à dire ? « Un soutien particulier doit par exemple être donné à ceux qui ont des difficultés à suivre l’enseignement, à se placer en bonne position sur le marché du travail ou qui sont victimes de handicaps particulièrement lourds. Il n’est pas sûr qu’il faille aide » aujourd’hui toutes les familles de la même façon. »

S’il avait fallu démontrer que l’égalisation des chances est une course sans fin, on ne s’y serait pas pris autrement. Après avoir tenté d’abraser les effets inégalitaires du milieu familial, de l’héritage, de l’éducation, pourquoi ne pas compenser les handicaps scolaires dus aux enseignants eux-mêmes ? Aux non-enseignants ? A l’éloignement géographique ? Au logement ? Au nombre d’enfants dans la famille ? Pourquoi même ne pas recourir à la chirurgie esthétique pour que tout le monde ait vraiment les mêmes chances sur le marché du travail, etc. Et surtout, qui va décider quelles sont les familles qui ne méritent pas ou qui ne méritent plus d’être aidée

On sait bien que le dossier de l’éducation est extrêmement sensible dans notre pays, mais justement, de critiques de l’égalitarisme, on aurait pu attendre qu’ils reconnaissent que ce dernier avait abouti dans les faits aux plus criantes, aux plus injustes et aux plus inefficaces inégalités de la société française.


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