L’Observatoire des religions

Le sabbat et la guerre

lundi 3 septembre 2007 par Philippe Simonnot

Le respect du sabbat est-il oui ou non compatible avec une « défense nationale » ?
Le problème militaire du sabbat pose la question des conditions de possibilité d’un Etat pour un peuple–prêtre comme le peuple juif de l’Antiquité, ou une cité-temple, telle Jérusalem avant 70, vivant de dîmes et de dons, c’est-à-dire de contributions volontaires.
Par ailleurs, le même Flavius Josèphe donne maints exemples où les juifs sont victimes de leur fidélité au repos strict du sabbat.
Voici d’abord la manière dont il raconte comment l’Egyptien Ptolémée 1er s’empare de Jérusalem :
« Il vint en effet le jour du sabbat dans la ville comme pour offrir un sacrifice, et sans que les Juifs fissent la moindre opposition, car ils ne le supposaient pas leur ennemi. Profitant de ce que, sans défiance et en raison du jour même, ils étaient inactifs et insouciants, il se rendit facilement maître de la ville et la gouverna durement. Ce récit est confirmé par Agatharchidès de Cnide [1], qui écrivit l’histoire des [successeurs d’Alexandre], et qui nous reproche notre superstition, prétendant qu’elle nous a fait perdre notre liberté : « Il y a, dit-il, un peuple appelé le peuple juif, qui, possédant une ville forte et grande, Jérusalem, la vit avec indifférence passer au pouvoir de Ptolémée, pour n’avoir pas voulu prendre les armes, et souffrit, grâce à une intempestive superstition, un maître rigoureux ». Voilà ce qu’Agatharchidès a déclaré au sujet de notre peuple [2].
Le même Flavius Josèphe reprend dans son Contra Apionem les propos d’Agatharchidès : « « Ceux qu’on appelle juifs, habitants de la ville la plus fortifiée de toutes, que les naturels nomment Jérusalem, sont accoutumés à se reposer tous les sept jours, à ne point, pendant ce temps, porter leurs armes ni cultiver la terre ni accomplir aucune autre corvée, mais à prier dans les temples jusqu’au soir les mains étendues. Aussi lorsque Ptolémée fils de Lagos envahit leur territoire avec son armée, comme, au lieu de garder la ville, ces hommes persévérèrent dans leur folie, leur patrie reçut un maître tyrannique, et il fut prouvé que leur loi comportait une sotte coutume. Par cet événement, tout le monde, sauf eux, apprit qu’il ne faut recourir aux visions des songes et aux superstitions traditionnelles concernant la divinité, que lorsque les raisonnements humains nous laissent en détresse dans des circonstances critiques. » [3]
Flavius Josèphe nous informe qu’Agatharchide trouve le fait ridicule. « Mais, objecte-t-il en défense de ses compatriotes juifs, si on l’examine sans malveillance, on voit qu’il y a pour des hommes de la grandeur et un mérite très louable à se soucier toujours moins et de leur salut et de leur patrie que de l’observation des lois et de la piété envers Dieu ».
Ces pages sont extraites du prochain livre de Philippe Simonnot sur l’économie du monothéisme. A paraître chez Denoël. Les commentaires sont d’autant plus attendus que des corrections sont encore possibles.

[1] Géographe de Cnide, né vers -150 avant J. -C., Agatharchide fut secrétaire et lecteur du roi grec d’Egypte. Il avait écrit un Périple de la mer Rouge, des Traités de l’Asie, de l’Europe, etc. C’est une autorité de l’époque, et Flavius Josèphe le cite comme tel.

[2] Antiquités juives, 12, 4-5

[3] Contra Apionem, 1, 209-211.


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