L’Observatoire des religions
Hoc est enim corpus meum

A qui appartient mon corps ?

dimanche 22 juillet 2007

Du sang et de la cervelle ont giclé sur les murs de la chambre. Le corps est emballé vite fait. « Non, il n’est pas mort, souffle l’infirmier hors d’haleine, mais un coup de carabine dans la gorge, ça fait du vilain ». La sirène de l’ambulance s’est tue. Silence assourdissant. Comme si tout d’un coup il neigeait, que nous roulions dans une poudreuse toute fraîche, que la nuit était éclairée par une lune survoltée. Retour aux Urgences à tombeau ouvert - une expression rarement aussi exacte. Les gestes sont précis, impeccables. Au petit matin seulement, la mort est avouée. Question qui ne sera pas posée : pour l’obtention de quels organes, la vie de ce suicidé a-t-elle été maintenue ?
Depuis une loi Cavaillet, qui date de 1976, de tels prélèvements peuvent être effectués à des fins thérapeutiques ou scientifiques sur le cadavre d’une personne n’ayant pas fait connaître de son vivant son refus à ce qu’on le dépèce. Ces pratiques sont devenues tellement ordinaires que l’ouvrage de Claire Crignon-De Oliveira et Marie Gaille-Nikodimov tombe à pic. Et bien sûr il ne s’agit pas ici seulement de ce qui se discute et se charcute dans les salles parfois mal nommées de réanimation, plaisanteries de carabin mises à part. Du premier jour de la conception jusqu’après l’heure de notre mort se pose le problème de la propriété de notre corps.
L’appropriation du corps humain par les blouses blanches est pourtant contemporaine de revendications de propriété privée d’un corps qui, il n’y a pas si longtemps, n’appartenait qu’à Dieu. Tel est le paradoxe de ce livre passionnant et compliqué. C’est mon corps, entend-on dire partout, et j’ai le droit de le tatouer, de le percer, de le transformer, de changer son sexe, de le livrer à tous les plaisirs, de le prostituer, d’en vendre ou d’en louer une partie, de le soumettre volontairement à des expérimentations biomédicales ou d’interdire de le toucher sans mon consentement. Pour finir, je réclame le droit à l’euthanasie. Comme si chacun avait mis au service de ses propres fins la parole de celui qui seul pouvait dire authentiquement : Hoc est enim corpus meum.
Claire Crignon-De Oliveira & Marie Gaille-Nikodimov, A qui appartient le corps humain ? Médecine, politique et droit, Belles Lettres, 2204 297 p. , 17 e

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