L’Observatoire des religions

De Gaulle a solennellement réhabilité l’antisémitisme

vendredi 6 juin 2008 par Raimond Aron

Quelques mois après la conférence de presse du général de Gaulle du 27 novembre 1967, Raymond Aron publie "De Gaulle, Israel et les juifs" où il exprime son indignation et sa colère.
De Gaulle avait en effet déclaré : "On pouvait se demander, en effet, et on se demandait même chez beaucoup de juifs, si l’implantation de cette communauté sur des terres qui avaient été acquises dans des conditions plus ou moins justifiables et au milieu de peuples arabes qui lui étaient foncièrement hostiles, n’allait pas entraîner d’innombrables, d’interminables frictions et conflits. Certains même redoutaient que les juifs, jusqu’alors dispersés, qui étaient restés ce qu’ils avaient été de tout temps, un peuple d’élite, sûr de lui- même et dominateur, n’en viennent, une fois qu’ils seraient rassemblés, à changer en ambition ardente et conquérante les souhaits très émouvants qu’ils formaient depuis dix-neuf siècles : "L’an prochain à Jérusalem" ».
Aron accuse de Gaulle d’avoir réhabilité l’antisémitisme. En même temps il affirme : "Aucun juif ne doit imposer silence aux antisémites en rappelant le malheur d’hier, si démesuré qu’il ait été". Et de préciser : "Ce n’est pas à nous, juifs, de vanter nos mérites ou de dénoncer ceux qui ne nous aiment pas".
On trouvera en page 8 le texte intégral du passage de la conférence de presse de de Gaulle consacré à Israël.

Les Français, délibérément, les Britanniques sans le vouloir, ont, en 1956, prêté aide et assistance à l’Etat d’ Israel. Les dirigeants de cet Etat ont estimé que, dans leur situation, ils devaient s’interdire le luxe de scrupules moraux. Onze ans après, je ne me résigne pas à leur donner raison. 28

Or cette nation, sortie d’un « peuple » dispersé, qui, à travers les siècles, a subi toutes les persécutions et leur a finalement survécu , voici soudain qu’elle remporte une victoire éclatante et, sauvant sa vie, risque de perdre son âme : les soldats israéliens se muent en occupants.

Les questions que sous le coup de l’émotion personne ne se posait, chacun les pose maintenant. La propagande israélienne a-t-elle mobilisé l’opinion ? A-t-elle dénoncé un péril fictif d’extermination afin d’atteindre ses objectifs de conquête ? 31

« Manifestations indécentes », décrète un signataire d’une Tribune libre du Monde que l’on imaginait pas arbitre de la décence ; j’en conviens :je n’aimais ni les bandes de jeunes qui remontaient les Champs-Elysées en criant « Israel vaincra », ni les foules devant l’ambassade d’Israel 32
En une civilisation nourrie de christianisme , comment le destin du peuple dont naquit le Christ ne remuerait-il pas en chacun , croyant ou incroyant, des souvenirs d’enfance, des sentiments troubles ? Le peuple qui n’a pas reconnu le Sauveur devint, pour des siècles et des siècles , le Christ parmi les peuples, au visage couvert de crachats – celui que Voltaire, oui, Voltaire, accusait de répandre autour de lui une odeur insupportable aux narines de chrétiens – jusqu’au jour où dans l’ Allemagne de Nietzsche montèrent les fumées des usines de mort. 33

Aron Raymond, "De Gaulle, Israel et les juifs", Plon , 1968. Les chiffres de ces notes de mectures renvoient à la pagination de l’ouvrage.

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