L’Observatoire des religions

Le Chemin néocatechumenal présent aujourd’hui dans le monde entier

lundi 1er décembre 2008 par Dorothée Nicolas

Le Chemin néocatechumenal créé il y a 40 ans dans le sillage du Concile Vatican II se développe au sein de l’Église, et est présent aujourd’hui dans le monde entier.

Cette année marque un tournant décisif dans l’histoire du Chemin : au terme de 40 ans de tribulations et plus de 10 ans d’examen approfondi par le Saint-Siège, ce dernier a, en mai 2008, approuvé définitivement les statuts du Chemin néocatechumenal, dotant ce dernier d’une personnalité juridique publique. Le Chemin est désormais “Patrimoine Universel de l’Eglise”,

Pour comprendre cette nouvelle réalité ecclésiale, il convient de remonter a ses origines.

Son fondateur est un artiste peintre espagnol, Francisco Arguello (Kiko). En 1964, après une crise personnelle et un cheminement spirituel qui le conduisent a suivre les pas de Charles de Foucauld, Kiko s’installe avec une guitare et une bible, dans les faubourgs de Madrid au milieu des plus démunis, dans une baraque du bidonville de Palomeras Altas “Je trouvais Dieu parmi les pauvres, les marginaux. J’étais dispose à me mettre à leurs pieds comme on se met aux pieds de la présence réelle eucharistique”. Puis les habitants des baraques sont venus lui parler, l’interroger. Il ouvrait sa bible et priait avec eux.

C’est alors qu’il fut rejoint par Carmen Hernandez, une missionnaire, interpellée par son œuvre au cœur du bidonville. Les habitants des baraques ont bientôt soif de la parole de Dieu et Kiko comprend que ce que ces plus démunis attendent de lui c’est surtout l’annonce du “Kerygma” :”je me suis rendu compte que le noyau central de la prédication apostolique était a la fois la croix rédemptrice et la résurrection, c’est a dire le mystère pascal”.

Peu a peu, au sein du bidonville, en réponse a la demande concrète de ses habitants privés de tout, Kiko et Carmen ont mis en œuvre une synthèse du “Kerygma” et une catéchèse destinée aux adultes en recherche de Dieu, lesquelles sont prêchées aujourd’hui dans le monde entier.

Cette catéchèse aide l’homme a se connaitre tel qu’il est : fait pour aimer mais, incapable d’aimer vraiment, prisonnier de son égoïsme et de ses faiblesses. Et cette incapacité à aimer le mine comme une mort lente. Kiko expérimente au sein de son bidonville que l’homme touché par l’annonce du “Kerygma” peut être sauvé de cette mort lente. Il est régénéré intérieurement, le don de l’Esprit par le baptême fait de lui un enfant de Dieu, ressuscité dans le Christ a une vie nouvelle, éternelle. La grâce du baptême donne a l’homme la capacité d’aimer l’autre d’un amour plus fort que la mort, et sa vie en est transformée. Les pauvres, guides par Kiko, découvrent ainsi le vrai visage du christianisme, la victoire sur la mort, la grâce du Pardon, et le mystère pascal.

“Malheur a moi si je n’annonce pas l’évangile”

Kiko prend conscience de l’importance de sa mission : “Malheur a moi si je n’annonce pas l’évangile” et abandonne sa carrière de peintre. L’homme miséreux a besoin de manger, certes, mais aussi de savoir si Dieu existe, si l’amour existe. A la grande surprise de Kiko, l’Esprit Saint a agi et une véritable “koïnonia”, ou communion d’amour, a vu le jour au milieu des baraques du bidonville. Une communauté chrétienne était née, avec pour fondation les trois éléments fondamentaux du tripode : parole de Dieu (écritures, kerygma, et catéchèse), eucharistie, et communauté des catéchumènes.

Ce schéma, véritable inspiration, a vite porté ses fruits. L’évêque de Madrid, Mgr Morcillo, fut conquis immédiatement. Kiko raconte que , lorsqu’il vit les baraques et les assemblées, il se mit a pleurer et lui dit “Kiko, je ne suis pas chrétien. A partir d’aujourd’hui, je t’ouvre mon palais épiscopal” “Ainsi, Mgr Morcillo le pria de démultiplier son expérience dans les paroisses de son diocèse, a la condition, néanmoins, que le prêtre de la paroisse soit au centre de cette nouvelle initiation chrétienne. Ainsi est né le Chemin néocatechumenal : un chemin de découverte de la foi et des grâces du baptême, ouvert a tous, baptisés ou non (catéchumènes).

De Madrid, Kiko et Carmen partent a Rome ou ils prêchent leur catéchèse dans plusieurs paroisses. Malgré les réticences sur le terrain, ils reçoivent les encouragements constants de Paul VI, puis de Jean Paul II, et le Chemin prend forme.

Aujourd’hui, en quoi consiste le Chemin ?

A l’issue de la catéchèse initiale, les participants forment une “communauté” qui se réunit deux fois par semaines, pour célébrer une liturgie de la parole, et l’eucharistie dominicale. Les catéchistes rendent visite régulièrement a la communauté pour les guider dans leur cheminement spirituel et leur faire passer les différentes étapes de ce Chemin, lesquelles sont inspirées tout simplement des étapes du catéchuménat de l’église primitive. Ainsi petit a petit, à la lumière du Christ, les réalités quotidiennes telles que la famille, l’argent, la jeunesse, la vieillesse, la maladie, la mort changent de sens.

Chaque personne apprend a reconnaitre ses idoles et ses limites. L’originalité de cette initiation chrétienne réside dans la nature de cette communauté où une véritable communion se crée entre des gens d’origine les plus diverses, de tous les ages. Ils deviennent frères et sœurs, enfants d’un même Père et témoignent par là même, au sein de l’Eglise, de l’amour de Dieu, de la vie de l’Esprit, avec tous les fruits qui en découlent : vocations a la prêtrise et a la vie religieuse, couples qui accueillent la vie (les familles sont souvent très nombreuses), vocations apostoliques, etc.

Les charismes nés de cette nouvelle réalité ecclésiale sont évidents : les chiffres en témoignent. Après 40 ans d’existence, cette réalité née dans une baraque de bidonville s’étend aujourd’hui à plus de 120 pays, 9 000 paroisses, 1000 diocèses, avec 42 000 communautés. Sachant qu’une communauté comprend entre 20 et 50 personnes, on peut estimer que le Chemin compte déjà plus de 1.2 million de personnes dans le monde. Les paroisses ou s’établit le Chemin, toujours à la demande du prêtre et en accord avec l’évêque, connaissent un renouveau rapide avec de nombreux fruits de conversion personnelle, et d’élan missionnaire : de nombreux catéchistes et des familles entières répondent à l’appel apostolique et se mettent a la disposition de l’Eglise, prêts à partir là où il est nécessaire d’évangéliser, souvent dans une zone déchristianisée.

Ces familles en mission quittent tout et acceptent de vivre dans la précarité, témoignant ainsi qu’il est possible de vivre l’Evangile dans sa ’radicalité’, comme un don gratuit de Dieu. Un autre fruit important pour l’Eglise est une nouvelle floraison de nombreuses vocations. Celle-ci a permis la naissance de séminaires missionnaires (“Redemptoris Mater”) diocésains (73 à ce jour, dont 61 érigés canoniquement) : Rome, Madrid, Varsovie, Medellin, Bangalore, Callao, Lima, Newark (New York), Takamasu (Japon), Perth (Australie), Vienne, Namur, Amsterdam et dans d’autres pays, et depuis peu, Namur, Amsterdam, et en France, Avignon...

Missions “ad Gentes”

Depuis 40 ans, le Chemin a pris forme en fonction de l’inspiration de ses fondateurs pour répondre aux besoins de l’Eglise. Ainsi, le dernier développement, encouragé fortement par le Saint Siège, consiste en des missions “ad Gentes”. Cette fois ci ce n’est plus une famille qui part en mission mais plusieurs familles, voire une communauté entière, accompagnées d’un prêtre missionnaire. La première mission de ce type s’est produite de façon fortuite a Paris il y a plus de 20 ans quand le prêtre d’une paroisse bourgeoise du 16e arrondissement de Paris a été déplacé dans un quartier où la prostitution et l’influence musulmane étaient fortes, et l’église désertée. Sa communauté a décidé de le suivre dans sa nouvelle paroisse, laquelle est aujourd’hui florissante (Paroisse Notre-Dame de Bonne Nouvelle).

La grande réussite du Chemin réside dans la capacité qu’il a d’aider les parents a transmettre la foi a leurs enfants. Les enfants, une fois jeunes adultes, cheminent a leur tour avec une communauté et deviennent d’authentiques chrétiens, armés d’une foi mûre, prêts a témoigner de leur espérance, comme l’attestent les dernières JMJ : le succès de Sydney repose en partie sur la présence des jeunes du Chemin. (40 000 sur les 110 000 participants). Après la journée du Pape, Kiko rassemble ces jeunes à son tour en présence d’évêques du monde entier : 1500 jeunes hommes se sont alors levés pour répondre a l’appel de la prêtrise et 800 jeunes femmes ont répondu a l’appel de la vocation religieuse.

250 000 jeunes aux prochaines JMJ a Madrid

Kiko a annoncé a Sydney que 250 000 jeunes seraient présents aux prochaines JMJ a Madrid (ils étaient 100 000 a Cologne soit alors 10% des participants)

Les statuts approuvés par le Vatican n’empêcheront pas les “persécutions” de continuer au sein de l’Église (il est arrive qu’un changement d’évêque ou de prêtre donne lieu à une exclusion du Chemin, considéré comme “hérétique”, les communautés étant interdites de se rencontrer et de célébrer l’eucharistie au sein du diocèse). Mais on peut raisonnablement penser que le changement amorcé dans les paroisses par le Chemin est irréversible et qu’il va ainsi changer la face de l’Eglise dans les décennies à venir.

Une nouvelle Pentecôte

Les jeunes prêtres d’aujourd’hui issus du Chemin et ordonnés dans un séminaire “Redemptoris Mater” sont les futurs évêques de demain, lesquels si leur diocèse en montre le besoin, pourront faire appel à l’implantation du Chemin sans entrave et avec la bénédiction du Pape. Les statuts ont été signés définitivement à dessein, le 11 mai 2008, jour de la Pentecôte....le Saint Siège considère en effet que le Chemin représente rien de moins qu’une nouvelle Pentecôte pour l’Église catholique.


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